Selon l’auteur de cette lettre d’opinion, la population se fiche pas mal de connaître la teneur des guides de travail que l’Office développe à l’interne pour encadrer la pratique de ses linguistes, du moment qu’il assume son rôle de gardien de la langue, et il le fait.

L’OQLF aux prises avec ses belles-mères

Dans un Point de vue publié le 4 décembre dernier, Jacques Maurais s’en prend à l’Office québécois de la langue française… encore!

D’entrée de jeu il affirme que la politique de l’Office sur les emprunts linguistiques «passe mal dans une bonne partie de l’opinion publique». Cette affirmation est inexacte, car les seules voix qui dénoncent cette pseudo dérive sont la sienne et celle de ses partisans, un groupe minoritaire de dissidents accrochés aux idées des années 70 et qui se relaient dans les médias en reprenant les exemples biaisés de leur mentor. Au-delà de la déception ressentie à voir d’anciens collègues mettre en doute la compétence de leurs remplaçants, on peut affirmer que ce n’est pas parce que ces contestataires d’arrière-garde sont très actifs à diffuser leur mauvaise humeur dans les médias que l’opinion publique partage leur avis.

En fait, la population se fiche pas mal de connaître la teneur des guides de travail que l’Office développe à l’interne pour encadrer la pratique de ses linguistes, du moment qu’il assume son rôle de gardien de la langue, et il le fait. Le document visé par Jacques Maurais n’est pas un manifeste révolutionnaire concocté en cachette pour ourdir un complot linguistique, comme il se plaît depuis des mois à l’insinuer. C’est une politique élaborée avec beaucoup de prudence par les gens de l’Office pour orienter le traitement des anglicismes stockés dans leur Grand dictionnaire terminologique (GDT).

Même si cette fois il s’adresse aux administrateurs de l’Office, ce sont encore les artisans de l’organisme qu’il vise en critiquant cette politique. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’il égratigne ses anciens collègues. En effet, depuis qu’il a pris sa retraite, il n’a pas cessé de dénigrer leur travail dans tous les médias qui ont accepté de le publier. N’ayant pas réussi à imposer son point de vue alors qu’il était en fonction, faute d’arguments suffisamment étoffés, il s’est donné le mandat de rétablir SA vérité par tous les moyens possible.

Il faut reconnaître que Monsieur Maurais a du talent pour la controverse. Profitant du devoir de réserve imposé aux employés de l’état, il ne se prive pas pour mordre la main qui l’a nourri chaque fois que l’occasion se présente, sans crainte d’être inquiété. Exploitant des talents littéraires indéniables, il fait cependant preuve d’une détestable malhonnêteté intellectuelle lors de ses prestations. C’est encore le cas cette fois-ci.

Sachant la difficulté à réfuter en peu de mot toute information erronée ou incomplète, il ponctue ses textes d’exemples biaisés tirés du GDT, en omettant systématiquement de tenir compte des nombreuses notes qui nuancent les fiches de terminologie qu’il cite. C’est très habile de sa part, car peu de gens auraient la patience de lire dans un démenti les arguments techniques nécessaires pour rétablir les faits, arguments qui mettraient pourtant en pièces ses raccourcis intellectuels. En outre, les journaux ne sont guère enclins à publier de telles démonstrations scientifiques dans leurs pages, même si on le leur proposait. En matière de désinformation, Jacques Maurais gagne donc sur tous les tableaux.

Pourtant, l’élaboration d’une politique et d’une grille d’évaluation scientifique destinée à classer des anglicismes est beaucoup trop complexe pour qu’on exige sa mise au rancart sur la foi d’une poignée d’exemples mal ficelés, et l’entêtement que Monsieur Maurais manifeste depuis des mois pour faire jeter aux poubelles l’actuelle politique de traitement des anglicismes frise le harcèlement, et doit être dénoncé. 

Enfin, quand il insulte les membres de l’OQLF dans sa conclusion et son titre, en affirmant qu’un document ne produit pas ses professionnels ridiculise l’Office, Jacques Maurais trahit ses véritables intentions. Avec une énormité pareille, jouant à la fois le rôle d’accusateur et de juge, il démontre que ses motivations, plus émotives que rationnelles, relèvent davantage du règlement de compte que de la discussion théorique. C’est alors plutôt lui qui se discrédite.

Marcel Bergeron, Québec