Ce qui rend difficile, parfois même très difficile, l’intégration de l'aide médicale à mourir dans l’univers des autres soins de fin de vie, c’est le flou juridique entre les lois québécoise et fédérale qui persiste.

Loi sur l’aide médicale à mourir: déjà deux ans!

En ce 17 juin 2018, il est bon de souligner cet anniversaire. Il y a deux ans, l’aide médicale à mourir est devenue légalement au Canada un soin de fin de vie. Ce nouveau soin s’inscrit ainsi dans l’univers des soins de fin de vie.

Durant ces deux années, environ un demi-million de personnes canadiennes ont terminé leur vie. Dans ce nombre, quelques milliers de personnes ont choisi une fin de vie par aide médicale à mourir (AMM), répondant ainsi à un réel besoin non comblé. Les témoignages des proches et des soignants sont nombreux et positifs. Deux grandes découvertes : la remarquable sérénité des personnes terminant leur vie avec AMM; certaines font de leur fin de vie de grands moments de création, honorant ainsi leur continuité.

Comment ne pas souligner le travail généreux et audacieux des médecins, souvent œuvrant déjà en soins palliatifs, qui ont choisi d’inclure l’AMM dans leurs soins de fin de vie. À deux reprises, au Canada, ces médecins se sont rencontrés pour faire le point et pour proposer des bonifications à cette pratique nouvelle. (lire sur MAID / CAMAP) Aussi, en mars dernier, le Collège des médecins du Québec a rassemblé 150 médecins québécois concernés pour faire le point sur l’AMM au Québec. Ce furent des moments de partage, de mises au point, d’identification d’amendements possibles à nos lois. Bien sûr que le jugement unanime de la Cour suprême du Canada/Arrêt Carter/février 2015 habitait et inspirait ces médecins, et à raison.

Ce qui rend difficile, parfois même très difficile, l’intégration de ce nouveau soin dans l’univers des autres soins de fin de vie, c’est le flou juridique entre les lois québécoise et fédérale qui persiste; ce flou déstabilise, insécurise, décourage. Nos médecins et nos autres professionnels de la santé et des services sociaux ainsi que nos établissements de soins méritent tellement mieux et au plus tôt. Nos gouvernements doivent prendre davantage soin de ces professionnels et de ces établissements. Ainsi soutenus, ils prendront mieux soin des finissants de la vie et de leurs proches, et tout cela en sécurité et en sérénité.

En ce deuxième anniversaire de notre loi, comment ne pas interpeller le premier ministre Trudeau et son gouvernement? Comment ne pas les inviter, avant la fin de cette session, à demander à la CSC son avis sur la Loi C-14 sur l’aide médicale à mourir? Une telle demande susciterait une réponse rapide de la Cour suprême. En découleraient une clarté juridique suffisante et satisfaisante ainsi qu’une sécurité et une sérénité cliniques et institutionnelles tant espérées. Ainsi disparaîtrait enfin toute discrimination à l’égard des personnes rendues à la fin de leur vie.

En ce deuxième anniversaire de la Loi sur l’aide médicale à mourir, place à plus de compassion!

Yvon Bureau, Québec