La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée

Loi 62: la neutralité masque la laïcité

Depuis les années 60, la société québécoise a fait le choix de la laïcité. Le principe de la séparation de l'Église et de l'État a été reconnu dans l'ensemble de ses institutions.
Mais voilà que l'approche du multiculturalisme a contribué à rendre ce principe poreux, en ouvrant la porte au retour du religieux dans l'espace public. Certains gouvernements, souvent libéraux, sont les grands ténors de ce retour en arrière. Par souci électoraliste, en voulant s'attirer une nouvelle clientèle, ces derniers ménagent tellement la chèvre et le chou en ces matières, que la société québécoise a perdu ses repères et ne sait plus à quels saints se vouer... 
L'exemple du projet de loi 62 est représentatif à cet égard. Ne voulant pas s'appuyer sur le principe clair de la laïcité, la ministre Vallée préfère y substituer celui d'une neutralité, notion floue qui conduit à des interprétations à la pièce de la part de ceux et celles qui devront administrer la future loi. Proclamant que les services publics devront être offerts et reçus à visages découverts, cette loi se présente comme une règle de sécurité, elle évacue tout le retour du religieux qui est au centre de l'inconfort collectif des Québécois. 
Le gouvernement Couillard tire à boulets rouges sur les oppositions qui tentent de recentrer le débat sur les enjeux réels. Il traite ces derniers de xénophobes, les accusant d'alimenter les groupes racistes de droite. Le premier ministre devrait plutôt regarder dans sa propre cour. Par ses politiques mièvres en cette matière, il contribue à neutraliser les efforts que la société a consentis pour se laïciser, tout en fournissant des munitions aux extrémistes qui exploitent ce laxisme. À ne pas vouloir porter ses culottes, ce gouvernement risque que d'autres les portent à sa place avec leurs costumes d'intolérance, de racisme, voire de violence. Qui alimente qui? Voilà la vraie question!
Marcel Perron, Neuville