Donald Trump

L’ironie de l’histoire rattrapant Donald Trump

ANALYSE / Durant la campagne présidentielle de 2016, Donald Trump a allégué sans cesse qu’Hillary Clinton était la politicienne la plus corrompue de l’histoire américaine. Pour soutenir ses dires, il pointait la gestion corrompue de la Fondation Clinton. Or, des enquêtes subséquentes ont démontré que cette dernière était un modèle de gestion tant au plan moral que financier.

Par contre, la semaine du 25 février débuta avec la publication d’un accord judiciaire avec le ministère de la Justice de l’État de New York concernant la Fondation Trump. Constatant que Donald Trump utilisait sa fondation comme une sorte de caisse personnelle « pour régler des litiges juridiques, pour acheter des peintures de taille réelle et pour participer à des campagnes publicitaires » dans sa campagne présidentielle, la procureure générale de l’État de New York intenta en 2017 une poursuite contre Donald Trump et sa fondation.

La procureure générale arguait alors que le président Trump et ses trois enfants aînés avaient eu un comportement illégal persistant pendant au moins dix ans dans la gestion de la fondation familiale. Ce faisant, ils avaient systématiquement violé les lois fédérales et locales sur les œuvres de bienfaisance.

Comme exemples, la procureure Barbara Underwood cita l’achat en 2007 d’un tableau de Trump de 20 000 dollars payé par la fondation et accroché ensuite dans la salle de conférence de l’un de ses clubs de golf. En 2013, il remit un chèque de 25 000 dollars sur le compte de la fondation au comité politique de la procureure générale de la Floride, Pam Bondi. À une autre occasion, il paya 100 000 dollars de frais judiciaires pour régler un litige concernant un de ses hôtels à partir de la fondation.

Ces quelques exemples démontrent comment Donald Trump effectuait différentes « transactions personnelles, juridiques ou commerciales sans rapport avec l’organisme de bienfaisance ». Il n’hésitait pas à utiliser les dons déductibles d’impôts pour couvrir des transactions commerciales servant à son enrichissement personnel ou à des entreprises qu’il contrôle.

Or, le comportement illégal de Donald Trump s’est accentué lors de la campagne présidentielle. Par exemple, la Fondation Trump a tenu une collecte de fonds pour les anciens combattants militaires organisée en Iowa le 28 janvier 2016, juste avant le vote du caucus républicain. Pas moins de 2,8 millions de dollars furent alors récoltés. Ces fonds servirent ensuite à couvrir des dépenses de sa campagne présidentielle.

Pour mettre fin aux procédures judiciaires, Trump a choisi de conclure une entente à l’amiable avec le Département de la justice de New York. Dans le cadre de cet accord, la Fondation Trump sera dissoute sous supervision judiciaire. Les fonds restants seront distribués, aussi sous contrôle judiciaire, à des organisations à but non lucratif. De plus, Donald Trump et ses trois enfants membres du conseil de direction de la fondation, devront rembourser 2,8 millions de dollars et ils ne pourront pas être membres d’aucun conseil d’une fondation à New York pendant un certain laps de temps.

Par ce règlement judiciaire, Trump, ses enfants aînés, et sa fondation reconnaissent implicitement qu’ils ont commis des actes répréhensibles et répétés en violation directe des lois fédérales et de l’État de New York. Cependant, cet accord ne met pas fin aux poursuites judiciaires contre Trump. Loin de là. Il ne fait que clore un des chapitres de la saga des scandales dans lesquels Trump est empêtré.

Allen Weisselberg

Dans la foulée de l’enquête sur la Fondation Trump, un nom est ressorti particulièrement, celui d’Allen Weisselberg, grand comptable et directeur financier personnel de Trump, de son empire commercial, de sa fondation, de son organisation et de sa campagne électorale. Weisselberg est devenu le bras droit de Trump durant les années 1970. Il est un des rares individus à connaître tous les secrets financiers de Trump et à comprendre les allées et venues des fonds de Trump. Plus que Michael Cohen ou Paul Manafort, Weisselberg représente la personne la plus indispensable entourant Trump.

Or, Weisselberg a conclu un accord d’immunité avec les procureurs fédéraux dans le cadre de l’enquête sur Michael Cohen en août dernier. En contrepartie, Weisselberg accepta de témoigner sous serment à la fois dans le cadre de l’enquête de la procureure générale de New York et celles du gouvernement fédéral concernant les finances personnelles de Trump, l’organisation Trump, la gestion financière de la campagne présidentielle de Trump de 2016, etc.

Pour Trump, le témoignage de Weisselberg représente probablement la nouvelle la plus dommageable. Il est capable de corroborer les déclarations de Michael Cohen concernant l’origine de l’argent de Trump, ses versements illégaux, et le rôle personnel de Trump dans tout cela. Il peut même éclairer les enquêteurs fédéraux sur les transactions douteuses de Trump en Russie ou en Arabie saoudite.

L’octroi d’une immunité à Weisselberg représente donc une véritable bombe à retardement pour Trump. Le fait peut difficilement être surestimé. L’événement est plus important encore que l’enquête de Robert Mueller sur la présumée collusion russe ou le témoignage fait par Cohen la semaine dernière.

Non seulement Trump vient de perdre son bras droit, mais toutes activités financières peuvent maintenant être passées à la loupe. En 2016, Trump demandait sans cesse une enquête sur Hillary Clinton et la Fondation Clinton. Par une ironie de l’histoire, c’est lui qui est devenu la cible d’une multitude d’enquêtes.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.