La hauteur proposée de 19 mètres et cinq étages du projet résidentiel de la rue Mc William dépasse de près de la moitié (46 %) la hauteur permise au règlement de zonage.

L’inquiétude des voisins

POINT DE VUE / Aux élues et élus de l’arrondissement La Cité-Limoilou, Le 19 août prochain, vous, élus de l’arrondissement La Cité-Limoilou, aurez à vous prononcer sur une modification au règlement relativement aux critères applicables aux plans de construction. Ce règlement vise à permettre à un projet résidentiel d’outrepasser de plusieurs mètres la hauteur actuellement permise pour un nouvel édifice sur la rue McWilliam.

Plus de 60 citoyens, voisins de ce projet, sont inquiets parce que la hauteur proposée de 19 mètres et cinq étages dépasse de près de la moitié (46 %) la hauteur permise au règlement de zonage, ce qui est loin de ressembler à une simple dérogation. Ils considèrent que ce projet ne s’insère pas dans son environnement immédiat où les bâtiments résidentiels actuels ont tous entre deux et quatre étages. Ainsi, il sera plus haut que 15 des 16 édifices qui l’entourent, l’exception étant un bâtiment commercial ayant façade sur la rue Saint-Jean.

On nous accuse d’être revanchards ou de souffrir du syndrome «pas dans ma cour». Il n’en est rien. Nous sommes tous heureux de vivre dans ce quartier unique, arrondissement historique de surcroît, et nous souhaitons le partager avec tous, nouveaux résidents, citoyens de notre ville, de notre région et même avec les touristes. Nous sommes convaincus que la venue de nouveaux résidents ne peut être que bénéfique pour le Vieux-Québec.

Plusieurs d’entre nous avons participé activement à l’élaboration du Plan directeur du quartier en 2005-2006. Ainsi, 901 citoyens, commerçants et organismes qui résident, œuvrent ou travaillent dans le quartier ont répondu au questionnaire distribué par la Ville à cet effet, ce qui, au dire même des responsables de cet exercice, ne s’était jamais vu à Québec! Rappelons aussi, pour mémoire, que ce Plan directeur a fait consensus auprès de tous les intervenants du milieu et a été adopté à l’unanimité du conseil municipal en 2008, là où siégeaient déjà plusieurs des élus qui nous représentent encore aujourd’hui. La réglementation de zonage qui s’est ensuivie respectait également ce consensus, la norme ayant été établie à 13  mètres et quatre étages, pour refléter le bâti résidentiel type de l’arrondissement historique.

Depuis lors, nous savons tous que le stationnement de la rue McWilliam, pourtant très utile dans le quartier, les places de stationnement sur rue étant insuffisantes à combler les besoins des résidants, allait éventuellement disparaître pour faire place à un projet résidentiel. Pour plusieurs, nous étions conscients que nous allions subir la perte d’une partie importante de notre ensoleillement, d’une végétation constituée de plusieurs arbres matures et de huit nouveaux chênes (ironiquement plantés cet été le long de la rue Elgin!) et de percées visuelles intéressantes, mais nous l’acceptions en pensant aux nouveaux voisins que nous y gagnerions.

Voilà maintenant que ce consensus sur la hauteur permise est compromis par ce projet résidentiel. À trois reprises, lors de deux consultations informelles et lors de la consultation publique exigée par la loi, les résidents voisins se sont montrés inquiets des répercussions de cette modification et ont demandé que la norme de hauteur de 13 mètres et quatre étages soit respectée.

Contrairement à ce qui a été dit, et même écrit, ces voisins ne demandent pas de modifications à l’architecture du projet, au nombre de logements qui y seront créés, aux cases de stationnement qui y seront intégrés, ces choix, bien que discutables, appartiennent au promoteur et leur appréciation relève de la Commission d’urbanisme et de conservation de Québec.

Les répercussions possibles de ce passe-droit sur d’éventuels projets de construction ou d’ajouts d’étages sur des bâtiments existants, qui pourraient se présenter ailleurs dans le quartier, devraient vous inciter à la prudence. Faut-il le rappeler, le Vieux-Québec est inscrit à la liste du Patrimoine mondial, notamment parce qu’il constitue un ensemble urbain cohérent et bien préservé.

Enfin, les citoyens sont inquiets parce que dans son argumentaire sur la conformité du projet au plan directeur et au schéma d’aménagement, la Ville ne semble pas se préoccuper du patrimoine historique du Vieux-Québec. En effet, l’argumentaire n’invoque que les orientations liées au développement urbain et reste muet quant à la conformité que le projet pourrait avoir avec les orientations et les objectifs d’aménagement liés à la protection et à la sauvegarde du patrimoine.

Notre implication réside dans le fait que nous nous sentons protecteurs du patrimoine que nous habitons et que nous entretenons à grands frais, non seulement pour notre bénéfice, mais aussi pour celui de toute la communauté. C’est donc à titre de dépositaires de ce patrimoine que nous nous montrons inquiets de cette modification à la hauteur permise. Nous n’avons rien à gagner que la hauteur du projet soit abaissée ou pas. Quelle qu’elle soit, le projet nous causera des inconvénients. Notre position en est donc une de principe, à l’exemple de ceux et celles qui, depuis longtemps, ont milité et militent encore pour la sauvegarde et la mise en valeur du Vieux-Québec.

Pour toutes ces raisons, et parce que votre décision affectera le paysage du Vieux-Québec pour bien des années encore, nous vous demandons respectueusement de refuser cette modification au règlement et de faire respecter la hauteur de 13 mètres.

Au nom des citoyens et citoyennes concernés 

Benoît Bossé

Marc Côté

Ginette Veilleux

Yves Boissinot

Louis-Philippe Noël