Depuis novembre, le gouvernement du Québec a annoncé une hausse des cotisations au Régime de rentes du Québec, augmenté le salaire minimum et annoncé d’autres hausses importantes pour les années qui viennent en plus d’augmenter les exigences en matière de normes du travail.

L’inflation, c’est aussi l’affaire des provinces

Au moment où les partis politiques du Québec amorcent leur marathon de barbecues estivaux, il est utile de leur rappeler un enjeu qui passe trop souvent sous le radar : le potentiel inflationniste des politiques du travail et de la main-d‘œuvre.

Pour la prochaine quinzaine d’années, le Québec et, dans une moindre mesure, l’ensemble du Canada vivront dans un contexte de rareté de main-d’œuvre. Par le seul jeu de l’offre et de la demande, cette rareté exerce déjà une pression à la hausse sur la rémunération des travailleurs. Depuis un an, la hausse des salaires s’accélère au Canada, le Québec étant en tête de peloton. En mai, la croissance annuelle des salaires a atteint 3,9 %. Si cette croissance reflète une hausse de la productivité, on ne peut que se réjouir que les salariés s’enrichissent. En revanche si, comme c’est actuellement le cas, elle est supérieure à l’augmentation de la productivité du travail, cette croissance est inflationniste : elle devra être absorbée par les prix.

On a le réflexe de laisser la responsabilité de l’inflation à la seule Banque du Canada et à la politique budgétaire fédérale. Pourtant, selon leurs choix politiques, les gouvernements provinciaux peuvent atténuer ou exacerber l’effet inflationniste de la rareté de main-d’œuvre. Le Québec n’y échappe pas.

D’abord, ne pas nuire

Depuis novembre, le gouvernement du Québec a annoncé une hausse des cotisations au Régime de rentes du Québec, augmenté le salaire minimum et annoncé d’autres hausses importantes pour les années qui viennent en plus d’augmenter les exigences en matière de normes du travail, déjà les plus généreuses en Amérique. La FCCQ a calculé qu’ensemble, ces trois mesures ajouteront 10,3 milliards $ au coût de la main-d’œuvre au Québec, au cours des cinq prochaines années. C’est considérable. À moins d’être absorbées par l’amélioration de la productivité, ces hausses se répercuteront sur les coûts des entreprises et leur compétitivité. Pour cette raison, toute mesure haussant le coût du travail devrait obligatoirement être accompagnée de mesures efficaces accroissant rapidement et durablement la productivité du travail — à défaut de quoi elles exacerberont les pressions inflationnistes émergentes.

Comme l’indique le plan de développement économique de la FCCQ, Accélérer le rythme: six clés pour une richesse durable, publié en mai dernier, la productivité globale des entreprises québécoises doit continuer de s’améliorer par rapport à celles du Canada, des États-Unis et de leurs principaux partenaires commerciaux. De nombreuses actions sont nécessaires afin d’atténuer la rareté de main-d’œuvre et d’en accroître la productivité : alléger le poids de la réglementation du travail, accroître les compétences et la mobilité des travailleurs, inciter les travailleurs d’expérience à rester au travail et accueillir plus d’immigrants qualifiés en fonction des besoins des entreprises, cibler davantage les incitatifs fiscaux et financiers aux entreprises pour favoriser les investissements accélérateurs de productivité, notamment en technologie, et enfin, investir dans les infrastructures collectives physiques et numériques.

La Banque du Canada et le gouvernement fédéral jouent certes un rôle central en matière d’inflation et d’emploi, mais cela n’enlève rien aux responsabilités du gouvernement du Québec en matière de politique du travail, d’emploi et de productivité : ceux-ci doivent non seulement favoriser l’emploi productif, mais également tenir compte de l’impact de leurs politiques sur l’inflation.

Stéphane Forget, MBA, président-directeur général, Fédération des chambres de commerce du Québec