La maison Rodolphe-Audet est tombée sous le pic des démolisseurs en octobre.

L’ignorance est en train de tuer le patrimoine local

Il y a quelques jours, le muséologue Michel Côté avançait l’idée d’un chantier national couvrant l’ensemble du territoire et des thématiques patrimoniales. L’idée n’est pas qu’excellente. Elle est nécessaire.

Les cas récents et troublants des maisons Boileau et Rodolphe-Audet, du moulin du Petit-Sault à L’Isle-Verte, et de tant d’autres illustrent à quel point la politique du gouvernement établie dans les années 80 a raté sa cible. À l’époque, le Québec a adopté une loi qui déléguait la responsabilité du patrimoine local aux municipalités. Cela tombait sous le sens dans la mesure où les municipalités sont les premières concernées par les trésors historiques situés sur leur territoire. Le hic, majeur à mon avis, c’est qu’il faut connaître ce patrimoine pour y être sensible. Comment voulez-vous qu’une municipalité de 3000 habitants dispose d’un personnel suffisamment au fait de l’histoire et de l’architecture pour veiller au grain, distinguer le vrai du faux, identifier ce qui doit rester pérenne?

Pour pallier cette absence criante d’expertise, Claude Dubé, de l’Université Laval, et moi avons proposé au ministère de la Culture de financer un programme permettant aux MRC et aux municipalités d’embaucher des agents culturels. Pendant plusieurs années, Villes et villages d’art et de patrimoine a formé des cohortes de jeunes dont l’expertise a été mise au service des petites localités. Un projet novateur et performant… que le gouvernement a aboli.

Il faut des siècles avant de pouvoir se targuer de détenir une pépite d’histoire et quelques heures seulement pour la voir disparaître à jamais. Cette lapalissade nous ramène à l’obligation d’agir maintenant et rapidement. Il est donc urgent de convoquer des États généraux sur le patrimoine. Urgent de permettre aux formidables experts qui essaiment le Québec et qui ont actuellement l’impression de prêcher dans le désert de travailler de concert. Urgent de procéder à un vaste chantier d’inventaire, de renouveler nos approches et de procéder à un grand ménage des programmes gouvernementaux en matière de réfection. Urgent de s’arrimer aux écoles d’urbanisme, d’aménagement du paysage et d’agriculture pour identifier ensemble les solutions. Imaginez le souffle que redonneraient au Québec nos centaines d’étudiants en architecture, en histoire, en ethnologie et en archéologie, si nous pouvions les lancer sur le terrain!

Pour l’avoir constaté récemment, lors de ma participation au comité Porter sur les églises patrimoniales de Québec, la relève tarde à se manifester. Quelquefois, je relis le magnifique livre vert sur le patrimoine rédigé par Jean-Paul L’Allier. On le dirait écrit en 2018. Il date de 1975!

Pierre Lahoud , historien et photographe, Île d’Orléans