Les dépenses en santé approchent les 50 % du budget total du gouvernement du Québec. Pourtant, les listes d'attente persistent et le temps d'attente aux urgences demeure élevé.

L'idéologie avant les soins

Les Québécois sont bombardés d'information et de lignes de presse de la part des deux ordres de gouvernement quant au financement fédéral du système de santé. D'un côté, le Dr Barrette, ministre de la Santé du Québec, souhaite protéger la juridiction exclusive de notre province en la matière - objectif légitime - tout en extirpant le plus de fonds possible des fédéraux. De l'autre, le gouvernement fédéral veut exiger une certaine imputabilité auprès des provinces qui dépenseront son argent.
Dans cette bataille, les deux parties s'affrontent en acceptant les mêmes règles du jeu, c'est-à-dire que le gouvernement fédéral a un rôle à jouer dans un champ de compétence explicitement attribué aux provinces dans la Constitution canadienne et que le système de santé canadien doit demeurer, coûte que coûte, entièrement financé publiquement. Concrètement, cela veut dire que le gouvernement du Québec peut continuellement blâmer le manque de financement fédéral pour expliquer les lacunes de notre système de santé sans jamais devoir en expliquer les faiblesses structurelles et que les politiciens provinciaux peuvent continuer à nous promettre la lune sans devoir porter l'odieux d'une hausse de taxes. Ils n'ont qu'à continuellement rouspéter, comme le fait le ministre Barrette, et demander au fédéral de signer les chèques. Il s'agit d'un cercle vicieux malsain perpétuant un système de santé qui vieillit mal et qui sert mal les intérêts des Québécois.
Ça vaut la peine de le répéter : notre système de santé public n'est pas viable à long terme. Il est évident que nous allons frapper un mur, alors que les dépenses en santé approchent les 50 % du budget total du gouvernement du Québec. Pourtant, les listes d'attente persistent et le temps d'attente aux urgences demeure cliniquement - c'est le cas de le dire - élevé.
Inacceptable dans un pays développé comme le nôtre. Ce que le ministre Barrette et le gouvernement fédéral proposent, ni plus ni moins, est de poser un diachylon sur une jambe cassée. Ils continuer de jouer le jeu, sans remettre en question la solidité d'un modèle désuet qui aura bientôt 50 ans. La logique du «toujours plus d'argent» nous forcera un jour à faire des sacrifices dans d'autres domaines. Qu'en est-il de l'éducation? Et de nos infrastructures?
Le temps est venu pour le Québec de rouvrir le débat sur l'introduction de la mixité en santé. Le Québec doit exercer ses droits constitutionnels, le fédéral n'a pas à dicter ou à imposer un cadre dogmatique - également connu sous le nom de Loi canadienne sur la santé - qui visiblement mène à la médiocrité. 
C'est le gouvernement du Québec que les Québécois tiendront responsable si le système de santé continue sa spirale de dépenses sans résultats. Aucun autre pays de l'OCDE restreint aussi sévèrement la participation du privé à l'offre de soins aux patients et à leur financement. Ce monopole se traduit par des pertes d'efficacité énormes et une offre de service inadéquate, créant ainsi l'étranglement vécu par les patients québécois.
On ne parle pas ici de répliquer le système américain, mais plutôt de s'inspirer des modèles européens pragmatiques qui respectent le principe de l'universalité, si prisé par nos politiciens. La mixité en santé aurait l'effet de maximiser la contribution du privé tout en rendant plus efficaces les investissements de l'argent des contribuables.
Carl Vallée, directeur, Fédération canadienne des contribuables