L’hôtel qui bouche les percées visuelles

POINT DE VUE / La semaine dernière, le propriétaire du Capitole, Jean Pilote, présentait fièrement à la presse et à quelques invités l’état d’avancement des travaux d’agrandissement de l’hôtel Le Capitole. L’agrandissement se situe derrière l’édifice patrimonial actuel sur la rue Richelieu et est accolé aux fortifications. Il est constitué d’un édifice de verre de neuf étages d’architecture contemporaine.

Lors de la conférence de presse, M. Pilote qualifiait de «miracle» la traversée du processus d’autorisation pour réaliser son projet. Mais ce miracle obtenu a des effets pervers définitifs sur le Vieux-Québec. Il est étonnant que les organismes (ministère de la Culture, administration municipale) mandatés pour accorder les autorisations nécessaires à la construction de cet édifice aient négligé de prendre en considération l’impact négatif que ce nouveau bâtiment aurait sur les percées visuelles existantes. Les marcheurs, résidents et touristes, qui déambulent sur les fortifications ou descendent la rue d’Auteuil vers la rue Saint-Jean ont perdu la vue qui s’offrait à eux sur les Laurentides et font plutôt face à un mur de verre. Cette percée visuelle grandiose qui portait le regard vers l’horizon est maintenant obstruée par le nouvel édifice. 

Pourtant, même si le document n’a pas de valeur légale, le Plan de conservation du site patrimonial du Vieux-Québec, qui a été présenté au public par le ministère de la Culture en avril dernier et qui se veut le document de référence pour la prise de décision quant à l’acceptation des travaux sur les édifices patrimoniaux existants, est pourtant clair sur la protection des percées visuelles du Vieux-Québec. L’orientation 132 est libellée comme suit : «Ne pas favoriser un agrandissement ayant un effet négatif sur les qualités visuelles, notamment en altérant la visibilité des points de repère ou en obstruant une percée visuelle ou un panorama.» La construction de l’agrandissement de l’hôtel Le Capitole contrevient donc à cette orientation. Faut-il craindre la perte graduelle des autres percées visuelles du site patrimonial? Les erreurs du passé (Hôtel-Dieu, édifices contemporains de la place D’Youville), qui ont été tant décriées par les spécialistes du patrimoine, ne semblent donc pas avoir été suffisamment percutantes. Cinquante ans plus tard, l’erreur se poursuit.