La députée solidaire Ruba Ghazal
La députée solidaire Ruba Ghazal

Lettre d’une enfant de la loi 101

Ruba Ghazal
Ruba Ghazal
Députée de Mercier, Québec solidaire
J’avais 10 ans lorsque je suis arrivée au Québec. Je ne parlais pas français. Trente-deux ans plus tard, le Québec et le français font partie de mon identité au même titre que mes origines.

Apprendre une langue n’est pas qu’une affaire de règles de grammaire ou d’orthographe. Dans mon cas, ça a été le début d’une longue histoire d’amour avec la culture québécoise. Une histoire qui a commencé sur les bancs d’une classe d’accueil d’une école primaire de Montréal. À travers le français, j’ai découvert l’histoire d’un peuple fort et tenace, qui se bat pour protéger son identité. Je suis fière, en tant que Québécoise d’adoption, de contribuer à une diversité francophone unique au monde.

Je suis une véritable enfant de la loi 101. Je ressens depuis longtemps un attachement particulier à ce pan de l’histoire québécoise puisque cette loi essentielle a été votée en 1977, l’année de ma naissance.

Quarante-trois ans après l’adoption de la Charte de la langue française, nous devons assumer pleinement ce moment charnière de notre histoire. Il y a urgence d’agir et l’État québécois doit poser des gestes forts et audacieux, avec confiance et sans complexe. C’est en ayant confiance en nous que notre culture et notre langue pourront surmonter le défi de l’attrait de la culture anglo-saxonne, non seulement chez les nouveaux arrivants, mais aussi chez les jeunes.

Le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette, va bientôt déposer un plan d’action sur la langue française. Ce n’est pas trop tôt.

À ceux qui hésitent, j’ai envie de répondre : il est temps d’agir ! Il est plus que temps de raffermir l’application de la Charte de la langue française.

Il est temps d’élargir les exigences de francisation de la Charte aux entreprises employant 10 personnes et plus.

Il est temps de vraiment interdire l’exigence de la connaissance de l’anglais à l’embauche, à moins qu’il ne soit démontré qu’elle est indispensable dans le cadre de l’emploi recherché.

Il est temps de mettre sur pied un plan spécifique pour Montréal, l’endroit où le français est le moins utilisé par les travailleurs et travailleuses. La loi 101 a été un succès dans les écoles, mais son angle mort aujourd’hui c’est le recul du français en milieu de travail. Les personnes immigrantes sont les premières à en souffrir. On les sélectionne parce qu’elles parlent français, puis elles restent au chômage parce qu’elles ne parlent pas anglais. Le combat de la langue est aussi une question de justice sociale.

Il est temps que le gouvernement soit obligé de communiquer exclusivement en français avec les personnes morales et les entreprises en appliquant l’article 1 de la loi 104 datant de 2002. Cette loi a été laissée de côté par les libéraux et les péquistes.

Il est temps de créer un poste de Commissaire à la langue française nommé par l’Assemblée nationale. Il est temps de rendre conditionnelles au respect de la Charte de la langue française les subventions aux entreprises soumises à celle-ci. Il est temps de mieux soutenir nos créateurs québécois et de rendre plus accessible notre culture francophone.

Il est temps de s’attaquer aux enjeux liés aux nouvelles technologies, notamment avec une politique de découvrabilité. Si on renforce la loi 101 et, qu’en même temps, de plus en plus de gens n'écoutent que des séries américaines sur Netflix ou de la musique anglaise sur Spotify, nous ne serons pas plus avancés.



« À ceux qui hésitent, j’ai envie de répondre : il est temps d’agir ! Il est plus que temps de raffermir l’application de la Charte de la langue française. »
Ruba Ghazal, députée de Mercier, Québec solidaire

Finalement, nous devons absolument appliquer la loi 101 aux entreprises privées de juridiction fédérale. Le ministre a montré de l’ouverture sur cette question. C’est un débat qui dure depuis trop longtemps et nous avons les outils pour agir. Je m’attends à une proposition claire du gouvernement dans ce dossier, car ma formation politique ne lâchera pas le morceau. Ça prendra du courage et de la volonté politique. Il faudra plus qu’une simple demande au fédéral.

Le temps des compromis en matière de protection du français est terminé. La défense de notre langue, c’est loin d’être dépassé. C'est un enjeu constitutif à notre volonté d'indépendance nationale. Vivre en français, c'est aussi s'opposer au nivellement politique, économique et culturel de la mondialisation néolibérale. Ce n'est pas du repli sur soi, c’est au contraire la clé de notre épanouissement collectif.

Je me permets de terminer en disant que je trouve dommage que François Legault ait rejoint les rangs des enthousiastes de la fédération canadienne, car n’oublions jamais que le meilleur moyen de protéger notre belle langue restera toujours de faire l’indépendance du Québec.