Lettre aux diffuseurs québécois

M. Louis Lalande, vice-président, Société Radio-Canada; M. Pierre Dion, président et chef de la direction du Groupe TVA; Mme Michèle Fortin, présidente-directrice générale, Société de télédiffusion du Québec; M. Maxime Rémillard, président et chef de la direction, V télé; M. Charles Benoît, président, Télévision et Radio, Québec; Bell Média
Madame, Messieurs,
L'insertion d'auto-publicité pendant le déroulement des émissions ou pendant les génériques a désormais pris des proportions telles que nous sentons le besoin de dénoncer de nouveau cet empiétement sur nos oeuvres.
Certes, ces pratiques ne sont pas nouvelles et notre opposition non plus puisque, déjà en 2008, nous avions écrit à tous les réseaux de télévision québécois pour les déplorer et réclamer plus de respect pour notre travail artistique et créatif et pour le public auquel nous nous adressons.
Radio-Canada, TVA, Télé-Québec et Astral nous avaient alors répondu avec une rare unanimité y avoir recours parce que dans un marché en éclatement « le développement de stratégies publicitaires créatives et d'incitatifs pour capter l'attention d'un public volage est une nécessité à laquelle aucun diffuseur n'échappe. »
Alors que nous avions auparavant réussi à convaincre les annonceurs, pourtant également frappés par le phénomène du zappage, à renoncer à l'utilisation de bandeaux, nous avions été forcés de constater que, chez nos diffuseurs, les stratégies publicitaires avaient pris le pas sur le respect du contenu.
Pourtant, tous, créateurs, artistes et artisans, voulons que les séries et téléromans auxquels nous contribuons captent l'attention de ce public que vous qualifiez de volage. Nous investissons talent et énergie afin de créer des oeuvres de qualité. Des millions de dollars en fonds public sont dépensés chaque année dans la production audiovisuelle avec le même objectif. Par le drame ou la comédie, par nos histoires, par les atmosphères que nous créons, nous voulons susciter l'intérêt du téléspectateur.
Or, ces histoires sont constamment interrompues et ces atmosphères, brisées par ces bandeaux de plus en plus omniprésents, qui ne sont plus désormais relégués au bas de l'écran, mais se déploient et s'animent afin d'attirer l'attention sur l'émission à venir plutôt que sur celle diffusée. L'utilisation des bandeaux se fait désormais sans retenue et sans aucune considération pour l'intégrité des oeuvres.
Certes, les diffuseurs disent craindre voir le public déserter la télévision au profit des autres plateformes. Mais celui-ci n'y est-il justement pas poussé par ces stratégies auto-publicitaires envahissantes? Peut-on apprécier pleinement une émission avec ces distractions programmées? Votre concurrence vient maintenant des intégrateurs de contenu tel Netflix. Le public peut aussi écouter en rafale et sans bandeaux publicitaires les séries achetées sur I Tunes ou en coffret. Si la télévision veut demeurer leur principal lieu de diffusion, elle doit permettre à l'auditoire de les écouter en toute quiétude sans les défigurer continuellement. C'est par la richesse de votre programmation que vous pourrez garder votre auditoire, pas en le déconcentrant sans cesse pour l'inviter à rester à l'écoute.
De nouveau, nous vous demandons, par respect pour notre travail et par respect pour le public, de mettre fin à l'insertion des bandeaux auto-publicitaires.
Sophie Prégent, présidente UDA; Sylvie Lussier, présidente SARTEC; Luc Fortin, président GMMQ; François Côté, président ARRQ; Bernard Arseneau, président AQTIS