«Je vis plus d’angoisse, d’anxiété, de stress, de peur, de colère et de tristesse en ce moment que tous les autres jours du confinement. Je dois retourner au travail lundi le 4 mai puisque je suis enseignante», écrit Lee-Ann Béland Kilbride.
«Je vis plus d’angoisse, d’anxiété, de stress, de peur, de colère et de tristesse en ce moment que tous les autres jours du confinement. Je dois retourner au travail lundi le 4 mai puisque je suis enseignante», écrit Lee-Ann Béland Kilbride.

Lettre au premier ministre d’une maman et enseignante inquiète

POINT DE VUE / Nous sommes vendredi le 1er mai. Il est 4h du matin. Je n’arrive plus à dormir. Je vis plus d’angoisse, d’anxiété, de stress, de peur, de colère et de tristesse en ce moment que tous les autres jours du confinement. Je dois retourner au travail lundi le 4 mai puisque je suis enseignante.

À l’heure où on se parle, je ne sais toujours pas si j’aurai une place en garderie pour ma fille. Encore une journée à angoisser, à attendre la réponse de ma garderie. Bien sûr, hier j’ai reçu le fameux document du Ministère et je l’ai rempli à la minute où je l’ai reçu. Mon conjoint travaille sur la construction, il doit livrer des logements pour le 31 juillet, il est aussi dans la catégorie prioritaire. 

Par contre, comme cette liste s’élargira le 11 mai, notre garderie ne peut nous assurer une place, contrairement à ce que M. Roberge nous a fait croire lundi dernier lors de sa conférence de presse. Il a continué de nous faire croire qu’il n’y avait aucun problème de places en garderies pour les enseignants, hier lors de la commission parlementaire qu’il a tenue. 

Étrange, puisque, lorsque j’en parle avec des collègues et amis, nous sommes plusieurs à être dans cette situation. M. Lacombe de son côté, a mentionné hier que les garderies allaient pouvoir se rendre jusqu’à 50% de leur capacité si elles avaient de fortes demandes. 

J’ai écrit quatre fois au Ministère de la Famille afin de savoir comment les garderies allaient choisir les parents privilégiés s’ils étaient tous éligibles et sur le même pied d’égalité? Le Ministère m’a donné quatre fois la même réponse : «Désolé, je n’ai pas la réponse à cette question! Je vais la poser aux autorités supérieures!» Euh, je m’adresse bien au Ministère de la Famille en ce moment? Ce n’est pas vous les «autorités supérieures»? 

Est-ce que M. Lacombe et M. Roberge, lorsqu’ils ont décidé de tout rouvrir, ont pensé qu’avec une capacité de 30% à 50%, il serait difficile pour tous les gens qui doivent retourner au travail d’avoir une place pour leurs enfants? Et qu’avec un ratio de quatre enfants par groupe, les garderies doivent avoir le double de leur personnel? 

Ont-ils pensé que c’était déjà difficile d’avoir des éducatrices avant la COVID-19 et que c’est encore plus difficile en ce moment étant donné que plusieurs éducatrices ne peuvent plus entrer travailler? Pour 50 enfants, ça prend maintenant environ 13 éducatrices (lorsque c’était déjà difficile d’en avoir 7 avant).

Vous allez me dire qu’il doit bien y avoir une autre garderie qui peut accueillir ma fille? Peut-être, mais pensez-vous vraiment que je vais envoyer ma fille dans un milieu où elle n’aura aucun point de repère, avec des éducatrices qu’elle ne connaît pas, qui auront le visage couvert par un masque et qui, par-dessus tout, ne pourront même pas la consoler lorsqu’elle aura de la peine? C’est insensé! 

Alors fais venir tes parents? Mes parents? Ils ont 63 et 66 ans! Ils sont des personnes à risque! Je vous rappelle que je retourne travailler comme enseignante, je serai le pire vecteur de transmission puisque je n’aurai aucune protection. De toute façon, le premier ministre a été clair là-dessus : les grands-parents devront attendre longtemps avant de prendre leurs petits-enfants dans leurs bras. 

Une petite gardienne? Je n’ai pas le droit de faire entrer une amie chez nous mais je peux faire entrer une petite gardienne à tous les jours? Une petite gardienne qui gagnera pas mal moins à venir travailler chez moi que ce que lui donne le gouvernement en ce moment à rester à la maison! 

Alors, si je reste chez moi pour m’occuper de ma fille? Ah, je n’aurai pas le droit au fameux PCU? Un adolescent qui a travaillé quelques heures pendant l’année y a droit, à rester chez lui à rien faire, mais si moi je décide de rester chez moi pour m’occuper de mes enfants parce que je n’ai pas de place en garderie, je n’aurai pas le droit à un sou? 

Nous sommes plusieurs en ce moment à être dans cette situation et nous devons tenter de nous débrouiller apparemment. Pourquoi? On ne se fera pas de cachette, ce sera nous aussi pour aller garder les enfants des autres! Parce que, entre vous et moi, ce sera plutôt du gardiennage dans nos écoles pour le reste de l’année scolaire! Mais ça, c’est un autre dossier et ce n’est pas à celui-là que je m’attaque. 

Malgré tout, j’ai hâte de retourner au travail voir mes élèves mais en ce moment, je ne peux me réjouir d’y retourner puisque je ne sais toujours pas ce que je ferai avec ma fille lundi! En fait, si je n’ai pas de solution, mes responsabilités parentales auront priorités sur mon emploi. Désolé M. Roberge, M. Lacombe et M. Legault, mais ma famille passe avant tout le reste.