L’arène publique peut s’avérer brutale. Le Web a rendu visible ce qui était toujours vrai: toute sortie dans cette enceinte expose à la critique, à la moquerie, à l’irrespect.

L’État doit-il réprimer le discours discordant?

En réaction au texte: «Freiner le discours haineux envers les chercheurs» paru le 12 janvier

L’arène publique peut s’avérer brutale. Le Web a rendu visible ce qui était toujours vrai: toute sortie dans cette enceinte expose à la critique, à la moquerie, à l’irrespect. Dans une lettre, des professeurs de sciences sociales de l’Université Laval se plaignent de commentaires écrits en réaction à l’intervention d’un collègue. Ils «sollicitent» un geste non seulement du Conseil de presse, mais aussi du gouvernement.

Les chercheurs universitaires sont libres d’explorer leurs disciplines et l’État ne doit pas s’ingérer dans leurs travaux ni dans l’accueil que le public leur réserve. Si cet accueil n’est pas à la satisfaction des chercheurs, ils peuvent s’abstenir d’intervenir, ignorer les commentaires désobligeants ou y répondre. Pourquoi le long bras de l’État devrait-il être déployé pour corriger les voix discordantes du public?

On ne saurait blâmer les signataires, habitués à un certain décorum académique, de réagir à des oppositions hostiles à leurs positions, voire à des déclarations horribles. Si des «propos [...] menaçant la vie et la sécurité des chercheurs» ont été publiés ou communiqués, une plainte doit être déposée à la police sans tarder. Mais exiger que «leur voix» en tant que chercheurs «soit respectée» pousse à l’exagération de leur statut déjà bien privilégié. C’est le droit de réplique qui doit être défendu et qui permet à chacun, justement, de répondre à ses détracteurs. Prétendre rapporter des conclusions scientifiques n’épargne d’aucune critique ni injure.

Pour le reste, mieux vaut en rire et accepter que toutes les classes sociales, que tous les publics n’ont pas à souscrire aux civilités et politesses de la sphère universitaire. Par ailleurs, comme l’histoire humaine l’atteste, le «vivre ensemble» a survécu à bien pire que des commentaires ignobles inscrits sur Facebook. Plutôt que de se faire alarmistes, les chercheurs gagneraient à montrer leur force de caractère.  

Gabriel Laverdière, Québec