«Quand je vois [le Mouvement Desjardins] s’abaisser à utiliser des techniques de convergence pour profiter de son implication indirecte dans les transactions immobilières pour favoriser la vente de ses autres services en aval, je trouve que la coopérative considère ses sociétaires comme sa propriété», écrit André Verville. 
«Quand je vois [le Mouvement Desjardins] s’abaisser à utiliser des techniques de convergence pour profiter de son implication indirecte dans les transactions immobilières pour favoriser la vente de ses autres services en aval, je trouve que la coopérative considère ses sociétaires comme sa propriété», écrit André Verville. 

Les tendances convergentes de Desjardins

POINT DE VUE / Ce n’est pas un secret et elle s’en fait d’ailleurs une fierté. Desjardins propose de maintenir ses membres à l’intérieur du portefeuille de son offre de services. Au lendemain de la victoire en cour de Du Proprio contre les poursuites des courtiers immobiliers, en procédant à l’acquisition de cette entreprise, Desjardins a maintenant les coudées franches pour se lancer dans le secteur des transactions immobilières, sans devenir elle-même une firme de courtage immobilier. C’est maintenant une corde de plus à son arc. 

Cette franche victoire en cour était pourtant à l’origine une bonne nouvelle pour le Lévisien que je suis : la bannière Du Proprio, fondée à Lévis, proposait un service différent du courtage immobilier traditionnel et surtout permettait de nous sortir des ornières de la rémunération au pourcentage, véritable machine à imprimer de l’argent pour certains courtiers immobiliers.

Lorsque le profit d’une activité commerciale perd toute relation avec les efforts qui y sont consacrés, cette activité perd son sens et son rôle économique. Le choix judicieux de Du Proprio d’agir uniquement comme partenaire de soutien aux propriétaires de maisons et commerces désireux de prendre eux-mêmes en main le projet de la vente de leur immeuble tombait à point. Le succès de l’approche a bien sûr été détesté par les courtiers : ils devront peut-être à l’avenir proposer à leurs clients d’autres modes de rémunération plus en adéquation avec la valeur de leurs services. On verra s’ils savent rebondir et se corriger de cette mauvaise habitude un peu trop payante pour avoir le goût et le désir de s’en défaire.

Mais où le Lévisien en moi est moins heureux, c’est quand je vois l’intelligence et de la débrouillardise des gens qui prennent en charge la vente de leur maison se voir harnachées par une organisation qui y voit une opportunité unique de recrutement pour des prêts hypothécaires et polices d’assurance aux acheteurs, polluant par sa présence «intéressée» une transaction entre individus indépendants et autonomes.

Le Mouvement Desjardins est né lui aussi à Lévis et j’en suis fier. Mais quand je vois celui-ci s’abaisser à utiliser des techniques de convergence pour profiter de son implication indirecte dans les transactions immobilières pour favoriser la vente de ses autres services en aval, je trouve que la coopérative considère ses sociétaires comme sa propriété. Elle nuit ainsi à leur capacité de choisir leur prêteur hypothécaire et leur assureur sur la base d’une saine évaluation coûts-bénéfices et ça, c’est tout sauf une bonne nouvelle.