Les services de garde en milieu scolaire lourdement affectés par la pénurie de main-d’œuvre

POINT DE VUE / La pénurie de main-d’œuvre qui touche le personnel enseignant fut sans contredit le sujet de cette rentrée scolaire. Y aura-t-il un enseignant dans la classe? Voilà la question bien angoissante que plusieurs se sont posée. Or, il faut savoir que les services de garde en milieu scolaire sont aux prises avec la même situation.

Il convient de tirer la sonnette d’alarme, car la pénurie de personnel menace de façon bien particulière la qualité et l’accessibilité à ces services essentiels pour plus de 60% des élèves québécois.

Des horaires peu attrayants

D’abord, la source du problème. Outre le manque flagrant de valorisation de cette profession dans la société, les horaires proposés rendent les postes en garde scolaire bien peu attrayants. Qui souhaite travailler sur des horaires brisés, à raison de deux ou trois heures par jour, s’échelonnant du matin au soir? Ces conditions rendent déjà le recrutement difficile en temps «normal». Dans le contexte actuel de pénurie, cela devient carrément impossible pour plusieurs milieux.

Un encadrement règlementaire désuet

Par ailleurs, il y a l’encadrement légal du fonctionnement des services de garde qui est à repenser. Rappelons que la règlementation actuellement en vigueur n’a pas été revue depuis 1998 et ne reflète plus la réalité d’aujourd’hui.

En effet, en plus de ne pas préciser clairement le rôle éducatif de la garde scolaire, il reste muet sur l’obligation d’offrir le service à tous les parents qui en font la demande. Au mieux, la Loi sur l’instruction publique indique que la commission scolaire doit mettre en place un service de garde si les parents en font la demande, mais rien n’indique que l’élève a droit au service de garde comme c’est le cas pour les services d’enseignement.

Cette règlementation est de toute évidence insuffisante pour garantir l’accès à un service de qualité à tous les élèves. Actuellement, plusieurs services de garde scolaire peinent à rencontrer le ratio (pourtant prescrit dans le règlement) d’une éducatrice ou d’un éducateur pour vingt élèves en raison du manque de personnel. Certains ont même dû refuser des inscriptions, faute de pouvoir assurer la présence de personnel éducateur en nombre suffisant et d’assurer la sécurité des élèves. Doit-on craindre le retour de la clé au cou?

Repenser la garde scolaire

Une grande partie des difficultés que connait la garde scolaire actuellement tient au fait que le rôle qu’elle joue aujourd’hui est à des années lumières de celui pour lequel elle a été créée, il y a une trentaine d’années. Ce qui était à la base essentiellement un outil de conciliation famille-travail est devenu un rouage important du continuum de services qui accompagne les élèves dans leur réussite, au même titre que les CPE, l’école, les organismes communautaires famille, les organisations de loisir municipales, etc. Bien plus que de la simple «garde», les services offerts visent divers objectifs liés au développement global des enfants: socialisation, habiletés cognitives et motrices, stratégies d’apprentissage par le jeu, etc. La garde scolaire est fréquentée par plus de 60% des élèves, qui y passent souvent un nombre d’heure presque équivalent à celui passé en classe.

Il est important d’ajouter que le personnel œuvrant en service de garde scolaire détient une formation spécifique à la profession. Il développe des liens privilégiés avec l’élève en raison de la constance de sa relation avec lui tout au long du parcours scolaire, ce qui facilite les transitions et l’adaptation. Il est également un point de contact quotidien avec les parents. Il travaille en étroite collaboration avec les autres services de l’école.

Le milieu scolaire est actuellement en période de transformation. Il faut absolument saisir cette opportunité pour repenser la garde scolaire non plus comme un lieu de transition où les élèves sont en attente que les parents viennent les chercher, mais bien comme un service de l’école à part entière, qui contribue pleinement au projet éducatif et à la réussite des élèves. Cette transformation reste la voie à suivre pour revaloriser cette profession, rendre les carrières en garde scolaire attrayantes, soutenir le recrutement du personnel et assurer l’accès à un service de qualité à tous les élèves qui en ont besoin.

Réjeanne Brodeur est présidente et Diane Miron est directrice générale de l’Association québécoise de la garde scolaire