Il existe des solutions technologiques qui pourraient contribuer à diminuer le niveau de stress chez les automobilistes, notamment en diminuant le temps d'attente aux feux rouges, souligne l'auteur.

Les routes intelligentes: une alternative au SRB

À la suite de la mise en veilleuse du projet du SRB à Québec, le maire Régis Labaume propose de faire une consultation publique sur l'avenir du transport dans la région. Malgré les problèmes de circulation et l'augmentation toujours croissante du parc automobile, il faut constater que les gens de Québec ne sont pas encore prêts à renoncer à la liberté que leur procure leur véhicule. Peut-être que le projet a mal été présenté, mais il faut se rendre à l'évidence que le projet n'obtient pas le support des citoyens. Le projet de troisième lien est à mon avis d'une envergure plus importante que le SRB et ne sera pas réalisé avant plusieurs années. D'ici là il faut trouver des solutions à court terme afin de mieux gérer la circulation.
Heureusement, il existe des solutions technologiques qui pourraient contribuer à diminuer le niveau de stress chez les automobilistes. Ces solutions dites de «transports intelligents» permettent entre autres d'optimiser le temps de parcours des usagers aux lumières ou encore d'optimiser les déplacements. Ces technologies sont présentement déployées à travers la plupart des grandes villes du monde. À Québec on commence à peine à les utiliser. Certaines solutions technologiques sont même offertes par les entreprises privées de la région comme Leddartech et Realtraffic Technologies.
J'oeuvre dans le domaine de la recherche appliquée depuis près de 30 ans et j'ai fondé une entreprise il y a quelques années qui offrait une solution de mesure du trafic. Avec mon entreprise nous avons réalisé l'installation d'un système de gestion dynamique des feux de circulation dans la région de la «Silicon Valley» en Californie. Ce système permet de diminuer le temps d'attente aux feux rouges sur plus d'une centaine d'intersections où plus de 1.5 million de véhicules circulent chaque jour. Le système a permis de réduire le temps d'attente des usagers de façon significative et a permis de réduire du même coup la pollution causée par les autos en attente.
À Québec, certains projets dans ce sens commencent à être mis en place, mais trop peu d'efforts et de ressources sont alloués à ceux-ci. Avec les fonds du fédéral et du provincial, on pourrait aller beaucoup plus rapidement et déployer des solutions viables. Par exemple, on pourrait commencer par gérer les feux de circulation avec les métrobus de façon à minimiser leur temps d'arrêt. Même chose pour les automobilistes. On pourrait déployer des solutions de gestion des déplacements des automobilistes en proposant par exemple des horaires de départ du bureau ou de la maison différents selon le secteur où ils habitent.
En plus des ressources additionnelles, il faudrait que les responsables de la ville fassent preuve d'une certaine ouverture et laissent le secteur privé et les divers organismes de recherche collaborer. Ces technologies passent par l'intégration de senseurs routiers ou d'autres technologies WiFi, afin de mesurer l'état du trafic en temps réel. Ce réseau de mesure est la pierre angulaire de toutes les applications de gestion et de contrôle et doit être mis en place par le gouvernement. Par la suite, les données générées par ce système doivent être accessibles à tous (données ouvertes) afin de favoriser le développement de nouvelles applications par le secteur privé. En plus d'améliorer les conditions de circulation, l'intégration de ces technologies favorise le développement économique de la région et est en lien avec la stratégie numérique du Québec.
Bref, il ne faut pas croire que nous sommes les seuls à vivre des problèmes de congestion routière. Croyez-moi, on est encore loin des problèmes qu'ont certaines grandes villes. Cependant, certains endroits comme Manhattan à New York ont su développer des solutions innovantes basées sur les systèmes intelligents. Il suffit de trouver celles qui s'appliquent à notre réalité et surtout mettre les ressources et la volonté politique de les réaliser.
Denis Boulanger, Ph.D., Québec