Les retraités de Groupe Capitales Médias et les promesses du passé

POINT DE VUE / La situation des retraités de Groupe Capitales Médias est tragique et on comprend aisément qu’ils prennent tous les moyens légaux pour faire valoir leurs droits devant le juge qui doit prendre une décision sur le projet de relance par des coopératives de travailleurs. Qui ferait autrement dans de pareilles circonstances?

Les temps ont changé et les journaux fonctionnent aujourd’hui sur des bases et dans un système économique qui n’a plus rien à voir avec le passé. Mais les gens qui y ont gagné leur vie sont toujours là, eux, et les montages financiers qui devaient leur assurer des revenus de retraite ne fonctionnent plus, parce que ce sont des promesses du passé qui se sont retrouvées impossibles à remplir. Quelle organisation peut aujourd’hui survivre en «supportant» la continuité de revenus d’un nombre de retraités qui est plus du double de celui de ses travailleurs actifs si les montants servant à cette fin ne sont pas ceux qui ont été mis de côté par et pour les retraités? Personne ne s’attend à ce qu’un travailleur d’aujourd’hui mette une portion de ses revenus de côté pour financer la retraite de ses prédécesseurs: il en a déjà assez de le faire pour sa propre retraite à lui!

La situation me semble pourtant claire. Un travailleur et son employeur contribuent conjointement, tout au long de sa carrière, à un régime de pension, afin de mettre de côté, conjointement également, les sommes qui seront nécessaires afin de lui fournir un revenu au moment de sa retraite. De savants actuaires font les calculs nécessaires sur la base d’une foule de facteurs, afin de déterminer les montants qui seront nécessaires afin de permettre au régime de retraite de poursuivre au fil du temps et retourner les argents, mis de côté dans une cagnotte commune, aux travailleurs retraités le moment venu.

Dans le cas de Groupe Capitales Médias, le plan n’a pas fonctionné et les calculs de jadis se sont avérés erronés de plusieurs dizaines de millions de dollars en date d’aujourd’hui. L’employeur de jadis, Power Corporation, a senti que le modèle d’affaires ne tiendrait pas la route bien bien longtemps avec les changements technologiques, l’érosion des revenus publicitaires, la réduction du nombre d’employés actifs, l’allongement de l’espérance de vie des retraités et des conditions salariales consenties à des employés syndiqués de plus en plus avantageuses. Tous les indicateurs pointaient dans la direction du «On s’en débarrasse au plus sacrant». Ce qu’il a fait. Se serait-il permis des congés de cotisation au moment où ça allait bien et y aurait-il aujourd’hui des choses qu’on pourrait lui reprocher? Peut-être bien.

Le montage financier de Groupe Capitales Médias a donc repris une patate chaude et a cru, peut-être de bonne foi, réussir l’impossible. Rien n’y fit. Et le déficit actuariel de la caisse de retraite a continué de prendre de l’ampleur, tout simplement parce que le modèle sur lequel il était fondé ne pouvait pas tenir la route avec un nombre aussi grand de retraités à supporter, gouffre financier que les cotisations de l’employeur et du petit nombre d’employés actifs ne pourraient plus jamais combler.

À qui la faute? Qui devra payer les pots cassés? Il faut permettre aux retraités, qui voient leurs prestations de retraite amputées, de prendre les recours nécessaires vis-à-vis de ceux qu’ils estiment responsables de leurs malheurs. Il faut peut-être aussi leur laisser le temps de constater qu’ils en font eux-mêmes partie, par manque de vigilance syndicale et confiance aveugle que les plus jeunes seraient toujours là pour les couvrir en cas de problème, confortablement assis sur leur modèle à prestations déterminées.

Une chose est certaine à mon avis, ce ne sont pas les coopératives de travailleurs en formation qui sont responsables du malheur des retraités. Parce que pour une fois, les choses sont claires et de patate chaude il n’y a plus: tous les acteurs du projet de relance sont pleinement conscients des enjeux et il n’y a que sur une ardoise libérée de toute attache avec les modèles actuariels alambiqués et promesses du passé que ça pourra fonctionner.