Selon le député de Gouin Gabriel Nadeau-Dubois, la clique au pouvoir qui contrôle la politique québécoise depuis 30 ans répond aux demandes des plus puissants, comme elle l’a toujours fait.

Les refus de Philippe Couillard et de Tim Hortons

Les riches et les puissants aiment généralement avoir l’air sympathiques. Ils aiment se présenter comme des créateurs de richesse, mais aussi comme des philanthropes attentifs et généreux. Ils se montrent doux et conciliants, jusqu’au jour où leurs subalternes exigent le respect de leur dignité et d’être payés assez pour pouvoir nourrir décemment leur famille. Trop souvent, la sympathie se transforme alors en mépris.

Les héritiers de Tim Hortons en font ces jours-ci une démonstration caricaturale en prétextant l’augmentation du salaire minimum en Ontario pour sabrer dans les conditions de travail de leurs employé(e)s, éliminant notamment les pauses rémunérées. Ces gens, qui nagent dans l’argent, ont décidé de priver d’autres gens, qui servent du café à cœur de jour, d’une petite pause pour souffler, sans la moindre gêne. Alors que la première ministre ontarienne répond courageusement à ces patrons, le gouvernement du Québec se fait rassurant pour les riches patrons : permettre aux petits salariés de vivre dans la dignité, jamais le Parti libéral ne fera une telle chose! Philippe Couillard a choisi son camp, il n’augmentera pas le salaire minimum.

Dans les derniers mois, les militants et militantes de Québec solidaire se sont rendus dans les milieux de travail où l’on paie les gens au salaire minimum. Ceux et celles que nous avons rencontrés nous ont parlé d’horaires épuisants, de revenus qui ne suffisent pas à payer les dépenses qui augmentent (transport, électricité, nourriture). Ces hommes et ces femmes nous ont parlé du temps qui manque pour aider les enfants avec les devoirs, des fins de mois difficiles.

Nous avons rencontré 2000 personnes qui ont signé une lettre, qui se termine sur ces mots tous simples : «Nous faisons un travail nécessaire qui vous est utile tous les jours. Nous méritons un salaire décent. Nous avons droit à une vie digne. Le salaire minimum doit être augmenté à 15 $ l’heure, c’est urgent.». La majorité de la population québécoise veut que le gouvernement entende cet appel. Le Parti libéral fait la sourde oreille.

La hausse significative du salaire minimum ne serait pourtant pas qu’une bonne mesure sociale. Elle aurait des effets économiques positifs bien connus par le gouvernement. En effet, avec les nouveaux revenus générés par les impôts perçus sur ces salaires augmentés, il aurait tout le loisir d’appuyer temporairement les petits organismes et les PME qui peineraient à absorber cette hausse pendant les premières années. Le dynamisme économique engendré par ces salaires supérieurs aurait de toute façon tôt fait de renflouer les coffres de tout le monde.

Ce n’est donc pas le soi-disant «réalisme économique» qui empêche Philippe Couillard d’augmenter le salaire minimum. C’est que pour lui, ces travailleuses — car rappelons que la majorité des salarié(e)s concernés sont des femmes — et ces travailleurs n’ont tout simplement pas d’importance. Il ne les voit pas, il ne les fréquente pas. Ils ne sont tout simplement pas dans sa gang. Il ne les connaît à vrai dire que par l’entremise de leurs patrons, et ceux-ci lui assurent tous les jours que leurs employé(e.) n’ont pas besoin d’augmentation, qu’ils vivent très bien avec le salaire minimum actuel. Bref, le premier ministre fait comme son prédécesseur Jean Charest : il écoute le lobby des patrons.

D’un certain point de vue, tout ceci est donc parfaitement normal, tout à fait habituel. La clique au pouvoir qui contrôle la politique québécoise depuis 30 ans répond aux demandes des plus puissants, comme elle l’a toujours fait. Business as usual.

Le jour où un gouvernement de Québec solidaire augmentera le salaire minimum pour que tous les gens qui travaillent à temps plein puissent vivre dignement, les millionnaires feront certainement de grosses colères. Ce jour-là cependant, il y aura des gens pour se tenir debout devant eux. Ça, ça fera changement.

Gabriel Nadeau-Dubois, député de Gouin