Les réductions de GES dans le secteur des bâtiments

Cécile Bulle, Manuele Margni et Daniel Pearl
Cécile Bulle, Manuele Margni et Daniel Pearl
Les émissions de gaz à effet de serre (GES) des bâtiments totalisent 17 % des émissions au Canada (10,8 % au Québec). Le chauffage des locaux domine ces émissions. À cela s’ajoutent les émissions associées à la fabrication des matériaux de construction. Dans le secteur industriel, qui contribue à 29 % des émissions de GES au Québec, on retrouve notamment les industries du béton, de l’acier et de l’aluminium, toutes reliées au secteur du bâtiment. Finalement, la localisation de nos bâtiments exerce aussi une influence significative sur la mobilité et les déplacements des usagers, de même que sur la taille des infrastructures civiles (égouts, eau potable, rues, etc.).

Remplacer les énergies fossiles par des systèmes de chauffage plus performants

Le chauffage à énergies fossiles représente la plus grande part des GES émis par les bâtiments. Il est donc prioritaire de ne plus utiliser l’huile ou le gaz naturel comme source principale de chaleur. L’électricité du Québec est très peu émettrice de GES et a la plus petite empreinte carbone au monde! Un simple chauffage électrique offre une amélioration importante, comparativement à un chauffage à l’huile, mais reste peu efficace. Les pompes à chaleur, utilisant la chaleur de l’air, de l’eau ou du sol pour chauffer, permettent de diviser par 3 la consommation électrique. La récupération des pertes thermiques d’autres bâtiments, la mise en place de réseaux de chaleur urbains ou l’utilisation passive de l’énergie solaire par une meilleure conception des bâtiments (design solaire passif, orientation, masse thermique) font également partie des stratégies les plus pertinentes.

Améliorer la performance énergétique de l’enveloppe des bâtiments

L’énergie qui pollue le moins est celle que l’on ne consomme pas. S’il est pertinent d’améliorer les systèmes de chauffage, il est essentiel de s’attaquer à l’efficacité énergétique du bâtiment, pour réduire la quantité d’énergie consommée, que ce soit par des mesures pour améliorer l’étanchéité du bâtiment ou pour en améliorer l’isolation. Un autre enjeu primordial est celui de la résilience des enveloppes. Avec la réduction de l’usage des énergies fossiles dans les bâtiments, la vulnérabilité du parc immobilier à des bris du réseau électrique est accrue. L’occurrence plus fréquente d’épisodes climatiques extrêmes va à la fois augmenter les besoins énergétiques pour chauffer ou climatiser les bâtiments et augmenter le risque d’interruption de l’approvisionnement en électricité. 

Il est crucial d’assurer que les habitants (surtout les personnes vulnérables, comme personnes âgées ou à mobilité réduite) puissent demeurer dans leur logement pendant une panne. Des mesures pour augmenter la durée pendant laquelle un bâtiment peut maintenir passivement un certain confort thermique (été comme hiver) sans apport d’énergie et rester habitable sont cruciales. Les toits verts peuvent également contribuer directement et indirectement aux économies d’énergie, atténuer les îlots de chaleur et permettre une réduction indirecte de la consommation énergétique pour la climatisation des bâtiments du voisinage. C’est également vrai pour les espaces verts en général.

Produire de l’électricité renouvelable?

Il est difficile de trouver des modes de production d’électricité moins émetteurs de GES que l’hydroélectricité québécoise; même un panneau photovoltaïque émet en moyenne trois fois plus de GES. Ailleurs au Canada, l’énergie solaire ou éolienne permet une réduction des émissions.

Utiliser des matériaux à faible empreinte

Dans un contexte où la source d’énergie a peu d’impact, l’empreinte intrinsèque des matériaux devient non négligeable. Il est essentiel de documenter l’empreinte carbone des matériaux de construction afin de guider les choix vers les options pertinentes.

Par exemple, le bois qui est utilisé comme matériau de construction et qui provient des arbres qui captent et emmagasinent le CO2 pendant leur croissance. Des matériaux énergivores, comme l’aluminium ou l’acier, peuvent avoir une plus faible empreinte s’ils sont produits au Québec (grâce à l’hydroélectricité) que s’ils sont produits et importés des États-Unis ou de la Chine.

Limiter le nombre et la taille de nouvelles constructions

Les constructions ont tendance à augmenter en taille au fil du temps, alors que la taille des ménages diminue. Il est essentiel d’inverser cette tendance. La densification de l’habitat et des quartiers résidentiels et la promotion d’un mode de vie local limitant l’étalement urbain, apparaissent également essentielles pour diminuer les déplacements et la taille des infrastructures.

Penser le bâtiment en terme de synergie

Il est réducteur de considérer uniquement les émissions du bâtiment en phase d’utilisation, principalement reliées à l’utilisation de combustibles fossiles pour le chauffage. Le bâtiment peut être au cœur de solutions pour le climat bien plus synergiques et innovantes quand on tient compte de son influence notamment sur les volets de l’énergie, des matériaux et de la mobilité, voire même de la production de nourriture. Il est essentiel de concevoir des solutions non pas exclusivement sur le bâtiment, mais intégrées au milieu de vie et à tous les besoins qu’il permet de combler de la manière la plus durable possible. Le fait de placer le bâtiment au cœur d’un quartier, d’une communauté et de tenir compte de toutes les interactions permet souvent de faire émerger des solutions innovantes en termes d’écologie urbaine et d’économie circulaire.

Note : Texte tiré du plan d’action «101 idées pour la relance» préparé par le Pacte pour la transition et disponible pour consultation ici.

Avec la collaboration étroite de Camille Chabas, Wafaa Baabou, Titouan Greffe et Jérôme Lavoie, étudiants du CIRAIG

Cécile Bulle est membre du regroupement Des Universitaires.