Selon un citoyen, il est parfois hasardeux pour un piéton de traverser à l'endroit où Lucie Nicol a été renversée par un cycliste.

Les prétendus experts de la sécurité routière

En réaction au texte «Les cyclistes et les autres» de Jacques Larose, publié le 13 juillet 2017 dans Le Soleil
Jacques Larose, ex-policier et qui se dit «expert en sûreté et sécurité», écrit qu'il est impossible de respecter la distance raisonnable désormais imposée par le Code de la sécurité routière entre un automobiliste et un cycliste en nous décrivant une petite mise en situation selon lui problématique. Pourtant, rien n'empêche un automobiliste de ralentir derrière un cycliste, le temps de laisser passer la voiture qui arrive en sens inverse ou de sortir de la courbe, pour ensuite faire une manoeuvre de dépassement sécuritaire. Rappelons à l'expert qu'une zone de 90 km/h signifie que la limite de vitesse est fixée à 90 km/h; c'est donc dire que l'automobiliste peut rouler à moins de 90 km/h au besoin, et à pas plus de 90 km/h. C'est ça le concept d'une limite. On invite monsieur Larose à circuler ailleurs qu'au Québec pour voir cette solution appliquée au quotidien par des centaines de milliers d'automobilistes nord-américains. 
En ce qui concerne la rue Dalhousie, on se retrouve une fois de plus devant cette mentalité tristement individualiste de l'automobiliste qui croit que les routes lui appartiennent à lui seul et à personne d'autre. On comprend que le retrait d'une voie de circulation puisse donner l'impression aux automobilistes qu'on leur enlève de l'espace, mais au fond tout ce qu'on fait, c'est de partager l'espace. À partir des années 1950, l'automobile a grugé petit à petit l'espace de tous les autres usagers de la route pour finalement prendre toute la place (gracieuseté des ingénieurs d'une vieille école, dont beaucoup sont malheureusement encore en poste aujourd'hui). Aujourd'hui, en 2017, les villes modernes tentent de redistribuer l'espace urbain pour donner de la place à tous les usagers et surtout pour favoriser les transports actifs qui sont, comme le démontrent toutes les études scientifiques, bien meilleurs pour l'économie, l'environnement et la santé publique. L'automobile solo, quant à elle, constitue un véritable gouffre financier, malgré son côté franchement pratique dans certaines situations (soyons honnêtes). Rappelons également à l'expert que toutes les villes qui ont retiré des voies de circulation (même des autoroutes!) sur leur territoire n'ont jamais remarqué d'augmentation de la congestion. Les automobilistes finissent toujours par s'adapter et changer leurs habitudes en conséquence. 
Sauf que, quand un expert de la sécurité nous parle du «lobby des cyclistes» et nous écrit un ramassis de préjugés sur les cyclistes, on ne peut s'empêcher de rire. Que dire du lobby automobile? Celui qui finance en partie les radios privées de Québec, par exemple, ou qui inonde la télévision ou la presse écrite de ses publicités le plus souvent irréalistes (on roule toujours sans congestion, le sourire aux lèvres!). Un expert en sécurité routière saurait que cette piste cyclable, sur laquelle roulent de 2000 à 3000 cyclistes par jour, est un aménagement de grande qualité, nécessaire et bénéfique à long terme. Un expert de la sécurité routière saurait également que le Code de la sécurité routière a été rédigé essentiellement pour réguler la circulation automobile, c'est donc dire que nombre de ses articles ne sont aucunement adaptés à la pratique utilitaire du vélo, par exemple l'obligation pour un cycliste de s'immobiliser complètement à un arrêt obligatoire en l'absence d'autres véhicules ou de piétons (voir le «stop Idaho»). Bien sûr qu'il y a de mauvais cyclistes, tout comme il y a de mauvais automobilistes et de mauvais piétons. 
Le vrai problème, en fait, c'est qu'on permette encore aux voitures de circuler si librement dans des quartiers historiques comme le Vieux-Port et le Vieux-Québec, n'en déplaise aux commerçants, dont la réaction contre la piste cyclable est, soit dit en passant, tout droit sortie d'une autre époque. L'autre problème, tout aussi criant, c'est que les policiers, ex-policiers et autres prétendus experts de la sécurité routière au Québec continuent d'aborder les problèmes de circulation d'un point de vue purement et exclusivement automobiliste (par exemple, refuser de voir que les feux piétons à Québec induisent la délinquance piétonne, mais préférer punir les piétons en leur donnant des contraventions plutôt que de régler le problème de fond). J'invite ces experts à sortir de leur char et à élargir leur concept de la route. Pour la sécurité de tout le monde. 
Bruno Falardeau, Québec