François Legault 

Les positions farfelues de François Legault

Il faut saluer le geste du ministère fédéral de l'Immigration qui a publié une infographie sur les procédures entourant les demandes d'asile. Dans un monde idéal, les chefs politiques participeraient à la pédagogie plutôt qu'à sombrer dans la démagogie en ravivant le mythe d'une frontière canadienne poreuse.
La vie étant très mal faite, le fardeau de la preuve n'incombe pas à celui qui affirme que la frontière est une passoire, mais bien à celui qui le contredit. À une image simpliste et percutante, il faut opposer des informations plutôt arides sur le réel fonctionnement de l'immigration. François Legault, le diagnosticien, le comptable, l'optimisateur, le gestionnaire a préféré le regard superficiel à l'examen factuel des processus d'immigration. 
Est-ce par manque de scrupule ou par manque de rigueur? Si François Legault était un politicien cynique et rusé, il se serait lui-même taillé sa place. Oui, c'est pour son prestigieux crédit professionnel et entrepreneurial que Lucien Bouchard est allé le chercher et immédiatement fait de lui un de ses ministres majeurs. Il a été sacré ténor de la politique, il ne l'est pas devenu. Ce crédit politique a été suffisant pour braquer les projecteurs sur son propre parti encore en projet, mais l'absorption de l'ADQ a quand même été nécessaire. Le problème n'est donc pas les scrupules, donc la morale, mais bien la rigueur, donc la compétence.
Depuis 20 ans, François Legault existe politiquement par argument d'autorité. Il se présente lui-même comme un comptable et un entrepreneur compétent, capable à travers le temps de proposer ce qui serait le premier budget d'un Québec souverain ou d'identifier tout ce qu'il faudrait reformer au sein de l'État québécois. Ses prises de position farfelues ou douteuses en matière d'immigration et d'identité suintent l'incompétence. 
Un chef politique qui dénonce le tchador de députées imaginaires, c'est grotesque. Vouloir évaluer l'adhésion des immigrants aux valeurs québécoises, c'est vouloir appliquer des méthodes comptables à des concepts abstraits. Les déclarations sur l'afflux de migrants des États-Unis ou celles de l'hiver dernier sur le programme de réunification familiale démontrent l'absence d'une évaluation sérieuse des procédures en places. C'est pourtant ce que le gestionnaire qualifié que François Legault prétend être aurait dû faire. Comment donc le prendre au sérieux, quand il appelle à baisser les cibles d'immigrations ou à toute autre mesure peu importe le domaine?
Antoine Desgagnés, Charlesbourg