Intervenir de la bonne manière lorsqu'une personne inapte est désorganisée n'est pas une mince tâche. Le personnel du Curateur public vit parfois des découragements et, même, des échecs.

Les personnes inaptes ont aussi droit au bonheur

En réaction au texte «Autiste "institutionnalisé"... en prison», paru le 1er septembre
Depuis mon entrée en poste comme curateur public en 2013, j'ai rencontré de nombreuses personnes inaptes. J'ai été témoin de leurs joies, de leurs réussites, mais aussi de leurs difficultés et, parfois, de leur détresse. J'ai également constaté que les gens qui les entourent, qu'il s'agisse de mon personnel, des intervenants du réseau de la santé et des services sociaux, des responsables de ressources ou de leurs proches, sont dévoués et soucieux du bien-être de ces personnes vulnérables. Mais parfois, il faut bien le dire, malgré toute la bonne volonté du monde, il est difficile pour ces personnes de vivre harmonieusement dans leur communauté.
Il n'y a pas de portrait type de l'inaptitude. Certaines personnes vivent avec une déficience intellectuelle, d'autres avec une maladie dégénérative ou un traumatisme crânien. Plusieurs sont aux prises avec des problèmes de santé mentale.
Malgré leurs limites, malgré leurs pertes cognitives, de nombreuses personnes inaptes mènent une vie active. Elles oeuvrent dans des plateaux de travail, elles participent à des activités, elles fréquentent des organismes, elles font leurs courses, elles visitent des amis, etc. 
Mais parfois, tout dérape. Il arrive, comme le relatait la journaliste Isabelle Mathieu, qu'une personne ne semble trouver sa place nulle part. Que ses problèmes soient si lourds qu'elle ne puisse plus être accueillie dans une ressource. Ou que son comportement imprévisible mette en péril sa propre sécurité ou celle d'autrui. Souvent malgré elle, une personne inapte peut repousser ceux qui veulent l'aider, refuser les mains tendues, commettre des délits et, même, être emprisonnée.
Trouver la stabilité
Nous travaillons sans relâche à trouver la ressource la plus appropriée pour les personnes en difficulté afin qu'elles puissent connaître la stabilité. Mais certaines de ces personnes veulent sans cesse fuguer, préfèrent la rue, même en hiver, et le processus doit être recommencé.
Les personnes inaptes ont elles aussi droit au bonheur, à la dignité et au maximum d'autonomie possible. 
Intervenir de la bonne manière lorsqu'une personne inapte est désorganisée n'est pas une mince tâche. Le personnel du Curateur public, comme tous ceux qui se soucient du bien-être d'une personne inapte, vivent parfois des découragements et, même, des échecs.
C'est vrai, le chemin peut être parsemé d'embûches. Mais nous ne baissons pas les bras devant ces situations à l'issue parfois incertaine. Nous continuons à chercher des solutions, des ressources, du soutien de concert avec les familles et les intervenants.
Je suis conscient qu'il n'y a pas de remède miracle ni de solutions simples à une réalité très complexe. Mais je refuse de perdre espoir. J'ai en tête tant d'exemples de personnes heureuses et fières de leurs succès. Je suis intimement convaincu qu'il faut, en tant que société, travailler à entourer le mieux possible ces personnes qui comptent parmi les plus vulnérables. C'est un devoir collectif.
Normand Jutras, curateur public du Québec