«Personnellement, je constate que le gouvernement prend parfois des décisions, sans toutefois considérer les conséquences que celles-ci peuvent avoir sur une clientèle souvent abandonnée à elle-même, toujours pour éviter la contamination», écrit Danielle Bolduc.
«Personnellement, je constate que le gouvernement prend parfois des décisions, sans toutefois considérer les conséquences que celles-ci peuvent avoir sur une clientèle souvent abandonnée à elle-même, toujours pour éviter la contamination», écrit Danielle Bolduc.

Les personnes handicapées, grandes oubliées de la pandémie

Danielle Bolduc
POINT DE VUE / Depuis des semaines, nous sommes entrés dans une nouvelle ère sans précédent qui fera sans doute partie de notre histoire collective, celle de la pandémie. Pour les personnes handicapées, cela ne fait pas exception. Pour cette catégorie de personnes vulnérables, cette période s’avère très difficile et représente tout un défi et plus spécialement pour celles qui sont handicapées visuelles; les non-voyants complets, ne serait-ce que pour la distanciation physique (le fameux deux mètres de distance) à respecter et ceci peut se traduire par un parcours du combattant! 

Étant moi-même handicapée visuelle et auditive, je suis les nouvelles comme tout le monde. Malheureusement, force est de constater qu’on n’a pratiquement pas parlé de nous dans les médias, sauf une ou deux histoires, dont certaines peuvent cacher des drames sans nom et dont on ne soupçonne même pas l’existence, comme celles que vivent les aînés,notamment dans les CHSLD. 

Pourquoi? Malgré toute l’aide dont nous pouvons recevoir de la part des organismes communautaires qui défendent nos intérêts et nos droits et qui nous facilitent vraiment la vie en ce temps de confinement, comme les aînés, nous pouvons nous aussi nous sentir isolées et certains peuvent même développer de l’anxiété, de la détresse psychologique et même de dépression, mais ça, on n’en parle pas non plus. 

Pourquoi? Et quand vient le temps de publier des guides de toute sorte sur le site du gouvernement du Québec, entre autres, on n’est même pas capable de rendre ces documents accessibles pour les personnes déficientes visuelles. Encore une fois, pourquoi?

À l’heure du déconfinement, comme si la bataille n’était pas encore suffisante, ce sera encore plus compliqué pour nous qu’avant, pour aller magasiner, par exemple ou pour se déplacer dans le cadre d’un rendez-vous médical et où, parfois, nous devons être préférablement accompagné. Ici, la question se pose : comment respecter le deux mètres, surtout quand on ne voit pas? Rassurez-vous, ça se fait. J’ai même interpelé le premier ministre Legault à notre sujet afin qu’il adopte des mesures claires et spécifiques pour nous et qui tiennent compte de notre réalité. Toujours aucune réponse de sa part.

Personnellement, je constate que le gouvernement prend parfois des décisions, sans toutefois considérer les conséquences que celles-ci peuvent avoir sur une clientèle souvent abandonnée à elle-même, toujours pour éviter la contamination. Quel manque de justice et d’humanité! 

Les personnes handicapées... Qui? Quoi? Ah, vous autres! C’est vrai! On n’y a même pas pensé... Vraiment désolé, on vous a oubliés! Ça ne vous intéresse pas... Et pourtant, on aurait tellement de choses à dire et surtout, à dénoncer. M. Legault, presque tous les jours, j’écoute votre point de presse quotidien, avec vos acolytes, M. Arruda et Mme McCann. Les personnes handicapées sont aussi concernées, ne nous laissez pas tomber, SVP! 

Enfin, j’écoute aussi les remerciements du jour que vous adressez à nos précieux Anges gardiens (naturellement), qui portent cette pandémie à bout de bras, mais aussi aux enfants, aux ados, aux enseignants, aux parents et grands-parents, aux travailleurs, aux commerçants, aux aînés et j’en passe. Un merci aux personnes handicapées serait de la très belle musique à nos oreilles. Ainsi, on se sentirait moins oubliés et plus considérés! J’attends encore et toujours...