Les chauffeurs de taxi du Québec sont en colère.

Les permis transférables, un concept du passé

POINT DE VUE / Les chauffeurs de taxi sont en colère et on les comprend. On change les règles du jeu et ils ne peuvent qu’y perdre.

Le gouvernement porte une certaine responsabilité dans les changements qui les affectent, mais il n’est pas seul à avoir des choses à se reprocher. C’est la collectivité tout entière qui est responsable du chaos et les chauffeurs de taxi du passé qui se sont enrichis avec les profits spéculatifs tirés de la vente de leurs permis en fin de carrière n’y sont certainement pas étrangers.

Dans tous les secteurs d’activité dont l’État juge bon de réglementer la pratique, il se pose la question s’il faut en limiter également le nombre de participants autorisés. Il ne le fait pas pour les permis de conduire par exemple, mais pour avoir le droit de conduire un taxi, on a cru souhaitable d’en limiter le nombre. On n’ira pas dans les détails, mais disons que ça avait l’avantage de favoriser la qualité du service, en réduisant les coûts pour les autorités réglementaires en termes de contrôles. À titre d’exemple, on connaît tous les coûts importants que représentent les contrôles de qualité pour la conduite de véhicules automobiles en termes de surveillance policière, opérations radar, constats d’infractions, points d’inaptitude et système judiciaire.

Du côté des chauffeurs de taxi, la limitation du nombre de permis est une condition essentielle. S’ils sont trop nombreux à exercer ce métier, comme les tarifs aussi sont réglementés, il n’y aura pas suffisamment de clients par détenteur de permis et ceux-ci ne pourront pas vivre décemment de leur métier. Comme un véhicule taxi a toujours été spécialement équipé pour ce genre d’activité (compteur, dôme, affichage), tout le monde a trouvé normal pour ainsi dire d’attacher le permis de taxi à un véhicule plutôt qu’à une personne. Erreur. Pire encore, on a cru aussi que ce serait une bonne idée d’en permettre le transfert de «propriété», comme s’il s’agissait d’un bien, alors qu’il s’agissait d’un droit. Re-erreur. On peut limiter le nombre de permis, mais on doit le faire en resserrant les mécanismes de délivrance et de contrôle, pas en laissant les détenteurs y associer de la valeur et se les échanger entre eux avec contreparties monétaires.

Tout le monde a été fautif dans cette comédie d’erreurs. Les «proprétaires» de permis de taxi leur ont attribué une valeur qui tenait finalement sur pas grand-chose, juste un droit sur papier de pratiquer un métier avec un véhicule automobile pratiquement identique à celui des autres usagers de la route. Ils ont tous vu la spéculation s’emparer de la chose. Ils ont cru à tort qu’ils ne pouvaient qu’y gagner, jamais y perdre, et en ceci ils devraient accepter une part de responsabilité dans ce qui arrive.

Il est maintenant temps de mettre fin au stratagème et l’arrivée de services comme Uber n’en a peut-être qu’été le déclencheur parce qu’elle a tout simplement révélé le ridicule de la situation. Autres temps, autres mœurs, certes, mais le ministre Bonnardel a tout de même beaucoup de courage de faire face à une situation qui ne fera que des perdants. Le gouvernement se doit certes de dédommager les chauffeurs parce qu’il a mal agi, mais les détenteurs de permis de taxi aussi doivent faire leur mea culpa, comme Perrette a dû le faire une fois qu’elle a eu cassé son pot de lait.