Le Guide suprême de l'Iran, Ali Khameneï et le président Hassan Rohani

Les missiles, pierre angulaire du régime iranien

Des deux côtés de l'Atlantique, l'Iran a été mis sous pression, notamment pour ses ambitions en matière de missiles. Le Congrès américain a récemment adopté un projet de loi imposant des sanctions sans précédent contre Téhéran, tout particulièrement contre les Corps des Gardiens de la révolution (CGRI). Un jour après l'essai d'une rampe de satellite par l'Iran, les Européens ont rejoint leur allié américain pour attiser le ton et réclamer la cessation du programme des missiles balistiques.
Le département du Trésor des États-Unis a réagi plus vigoureusement encore, frappant d'emblée six sociétés affiliées au groupe industriel Chahid-Hemmat, du gel de leurs biens sur le sol américain et de l'interdiction de toute transaction. Ce groupe industriel appartient aux CGRI qui dirigent l'élaboration des missiles en Iran.
Dans une lettre adressée au Conseil de sécurité de l'ONU, les États-Unis, la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni se sont plaints que ce lanceur Simorgh, testé par l'Iran, aurait la capacité de transporter une ogive nucléaire s'il était aménagé comme missile balistique. 
Sans surprise, lors de la cérémonie pour approuver la présidence d'Hassan Rohani, jeudi, le Guide suprême Ali Khameneï a assuré que son pays allait poursuivre son programme de missiles malgré la pression internationale.
Pourquoi autant d'insistance? 
Pourquoi le régime iranien insiste-t-il tant à poursuivre un programme de missiles qui lui a jusque-là procuré plus de méfaits sur la scène internationale, que d'acquis sur le plan militaire ou spatial? Comment interpréter cet entêtement? Est-ce une manifestation de force? Où une opération pour cacher une grande fragilité? 
Dans toutes les questions qui ont trait à la puissance militaire iranienne, ce régime tient compte de deux préoccupations :
1. Ne pas décevoir ses fidèles 
Tout renoncement aux slogans annoncés risquerait de laisser une très mauvaise influence sur la clientèle de la théocratie en Iran comme à l'étranger. En Iran, la base du régime diminue comme peau de chagrin, se limitant à des privilégiés, aux forces militaires et paramilitaires, à leurs proches et une partie du clergé minoritaire, une base sociale fortement effritée. À l'extérieur, du Liban à l'Irak, des milices et organisations extrémistes et sectaires qui dépendent, de la générosité du Guide suprême, pour survivre.
2. Privilégier l'exportation de la révolution par tous les moyens pour garantir la survie du régime
C'est pourquoi, dans tous ses défis internationaux, le régime iranien a l'habitude de ne céder que si la pression est trop importante. On l'a observé dans le cas du dossier nucléaire : cette politique a permis à Téhéran de gagner 11 ans avant qu'il soit obligé de céder à l'accord avec les 5+1 (en 2015). Aussi absurde que cela puisse paraître, les chefs de la théocratie iranienne ont toujours compté sur les difficultés de la bureaucratie occidentale pour faire bloc contre ses excès. 
Alors que le programme de missiles balistiques de Téhéran est nourri et soutenu de près par Pyongyang, l'Iran fournit elle-même des missiles à des parties étrangères. Au Yémen, les Houthis soutenus par l'Iran ont tiré des missiles contre l'Arabie Saoudite. Au Liban, le Hezbollah parle du lancement d'usines souterraines de production de missiles. Hassan Nasrollah, le chef du Hezbollah, vient de répéter cette semaine pour ceux qui ne l'auraient pas entendu, que cette organisation «est entièrement nourrie, formée, financée et armée» par l'Iran. 
C'est dire que les enjeux de ce programme des missiles iraniens sont bien plus dangereux qu'on peut l'imaginer. Surtout depuis le gel du programme nucléaire iranien, le régime fait du programme balistique la pierre angulaire de son aventurisme régional. 
Il faut cependant se rendre à l'évidence que beaucoup de choses ont changé pendant ces derniers mois.
Le général Mohammad-Ali Jaâfari, le chef des CGRI, a bien menacé les États-Unis en affirmant qu'ils feraient mieux de «retirer les bases militaires américaines qui se trouvent sur un rayon de 1000 km de l'Iran» si jamais Washington s'apprêtait à déclarer des sanctions contre le CGRI. Ces menaces ne semblent pas avoir eu grand effet auprès des représentants des deux chambres américaines qui ont toutes deux adopté à une majorité écrasante les sanctions contre le CGRI. On se trouve d'ailleurs à une époque où Washington parle ouvertement d'une révision de sa politique envers l'Iran, le changement du régime iranien est de plus en plus évoqué.
Après avoir été privé de la bombe atomique, le Guide suprême privé de ses missiles, risque de perdre tout le prestige qui lui reste. La communauté internationale doit donc s'unir davantage, pour forcer un régime affaibli à modifier son comportement, au lieu d'envoyer ses diplomates faire des courbettes au sérail du calife de Téhéran sous prétexte de l'investiture de son président. 
Shahram Golestaneh, président, Iran Democratic Association, Ottawa