Les Jeux olympiques, le véritable rendez-vous manqué de Québec

Marc Durand
Marc Durand
Journaliste sportif et président de la Société d’histoire du sport de la capitale nationale
POINT DE VUE / Le véritable rendez-vous manqué de 1995 à Québec, ce n’est pas le départ des Nordiques. Pour certains, c’est peut-être le référendum. Mais pour moi, pour la ville sportive, historique et touristique, c’est le refus du CIO d’accorder son vote à la candidature de Québec comme ville hôtesse des Jeux de 2002.

C’était il y a 25 ans aujourd’hui.

Mais qu’est-ce qu’était la Québec sportive, le 16 juin 1995? Une ville de hockey récemment déchue, qui avait tout à gagner en devenant olympique. Une ville qui faisait trop peu de place aux autres sports, et qui allait pourtant être rapidement prête à se relever du divorce.

Les Jeux de 2002, les Jeux de Salt Lake City, auraient dû logiquement être à Québec. Mais les tricheurs et la gourmandise du CIO ont eu raison du bon jugement.

On imagine un peu mal aujourd’hui ce qu’aurait pu devenir Québec, héritière de son titre de reine de la neige et de la glace. 

Des infrastructures majeures, un village des athlètes devenues résidences de l’Université Laval, un centre de saut à skis au Mont-Sainte-Anne, de curling à St-Romuald, un centre de bobsleigh au mont Hibou à Stoneham, devenu depuis quartier résidentiel.

La montagne de la honte

Ah oui, et la fameuse piste de descente masculine, celle qui a fait rigoler André Arthur et suer Jacques Hérisset, promoteur désigné de la candidature. Celle qu’on voulait faire glisser dans le fleuve, ou grimper dans le ciel de Charlevoix pour la rendre légitime. J’ai toujours cru qu’elle était parfaite, la Charlevoix. Oui, il lui manque 30 secondes de course comme elle est actuellement, sans artifices. Un manque à gagner qui se corrige en tenant deux manches au lieu d’une, comme en slalom. 

Déjà adulée par l’élite mondiale junior lors des Championnats du monde de 2013, elle aurait offert un spectacle unique, encore plus spectaculaire et dans une formule qui existe et qui est même souhaitée par plusieurs spécialistes. Lorsque la neige n’est pas assez abondante, la FIS autorise cette formule en deux manches, dite descente sprint, et à chaque fois, ce sont encore les meilleurs qui sont les meilleurs. 

Didier Cuche a remporté Chamonix de cette façon, en 1998. «On ne touche pas à l’épreuve reine des Jeux», m’avait dit plus tard le président de la FIS Gian-Franco Kasper lors d’un point de presse à Québec, en soulignant que le hockey ne changeait pas ses règles pour les JO. Je lui ai alors rappelé – ou appris – que le hockey olympique s’est ajusté aux patinoires nord-américaines (5 mètres moins larges) pour le tournoi olympique de 2010…

Le logo de Québec 2002

Le sapin déraciné, les fleurs prolifèrent

À la mort des Nordiques, la Ville de Québec s’est relevée instantanément, comme si elle attendait le départ de ce membre de la famille trop imposant. Le Rouge et Or football, né en 1995 a connu ses premiers tailgates cet automne-là, avant de devenir, cinq ans plus tard, la meilleure équipe de football universitaire au pays. Au même moment, le très récent tournoi de tennis Challenge Bell a pris son envol. Les Harfangs sont devenus les Remparts, l’équipe junior la plus populaire au pays. Les Diamants, puis les Capitales de Québec ont pris d’assaut le stade municipal. Les Coupes du monde de vélo de montagne et de snowboard de Gestev sont aussi nées dans les années 90, pour ne plus nous quitter. Tout ça n’aurait pu être possible, sinon avec autant d’ampleur, avec les Nordiques à la une quotidiennement.

J’avais lancé, à l’automne 1994, l’émission Hebdo Sports, à TQS, qui devait, selon le plan original, consacrer la moitié de son contenu aux Nordiques. Le lock-out de la LNH à l’automne 1994 a été providentiel, car on a eu à redoubler d’ardeur pour remplir l’émission. J’ai découvert des athlètes en manque de reconnaissance et des équipes tout aussi magnifiques que négligées. Pour ma carrière, le départ des Nordiques a été salutaire. Les Jeux de 2002, ou 2010, ou 2022 dans la Ville que j’aime auraient été fantastiques.

Depuis, Québec a eu son «nouveau Colisée», mais la LNH n’a en pas besoin. Elle n’en a jamais eu besoin, sinon il y a 100 ans en 1920, pour boucher un trou qu’elle a vite remplacé par Hamilton.

Qu’est-ce qui fera vibrer notre ville, maintenant ?

Déjà, elle roule et bouge comme jamais. Mais je rêve d’un Québec «terre d’accueil» d’événements majeurs, un incontournable nord-américain, la seule du genre, qui carbure aux JO mensuels. Des Coupes du monde FIS de ski de fond sur les Plaines et de Grand Prix cyclistes sous les portes historiques, en y ajoutant des tournois majeurs de golf, de tennis, des rendez-vous de Coupes du monde de ski alpin, de ski acrobatique ou de patinage de vitesse dans notre nouveau Centre de Glaces, je rêve remplir le Centre Vidéotron de matchs de hockey internationaux et de patinage artistique. De dévoiler au monde entier l’immense potentiel de notre fleuve, nos rivières et nos montages.

Eh oui, à des Jeux. De la jeunesse, universitaire, X, panaméricains, du Commonwealth… ou olympiques. En respectant notre bon jugement, le bon jugement.