Selon l'auteur, bien peu des recommandations votées lors du récent congrès des jeunes libéraux deviendront réalité.

Les jeunes libéraux, apprentis sorciers en éducation

Tout un chacun a son opinion quant au monde de l'éducation. Au Québec, les problèmes surviennent généralement quand la sphère politique commence à y intervenir à la manière d'apprentis sorciers. Ce fut le cas en fin de semaine lors du congrès des jeunes libéraux dont le thème était «développer la réussite par l'éducation».
À ce sujet, on peut se demander où étaient ceux-ci au cours des dernières années alors que ce même monde vivait des moments plus que sombres.
Certaines des mesures adoptées montrent bien pourquoi, en paraphrasant Clémenceau, l'éducation est une chose si importante qu'elle ne devrait pas être confiée parfois à de jeunes politiciens et même à des politiciens tout court.
La politique étant l'art de l'impossible, il fallait voir comment le président des jeunes libéraux, Jonathan Marleau, a proposé de revoir au complet les cours offerts au secondaire tout en indiquant qu'il ne s'agissait pas d'un désaveu des actions du parti libéral au pouvoir de façon presque ininterrompue depuis 14 ans.
Les jeunes libéraux suggèrent entre autres d'ajouter immédiatement des cours d'éducation sexuelle au secondaire. Savent-ils que des notions concernant la sexualité sont notamment vues dans les cours de sciences depuis la réforme? À l'époque où l'on a modifié le curriculum de la sorte, des enseignants ont indiqué que cette façon de procéder serait inefficace, voire dangereuse pour la santé publique, mais on ne les a pas écoutés. Savent-ils également, ces mêmes jeunes libéraux, que le programme qu'ils réclament est en expérimentation depuis déjà deux ans? Le ministre M. Proulx a montré bien plus de détermination quand est venu le temps d'imposer en quelques mois un cours de finances personnelles.
Toujours lors de ce congrès, les jeunes libéraux ont également réclamé des cours de programmation informatique. Savent-ils seulement qu'avant de leur apprendre à programmer, on devrait s'assurer que les élèves québécois connaissent leur doigté sur un clavier? Eh oui, quand on travaille dans une école comme moi, on est à même de constater que la très grande majorité des élèves ne le savent pas. C'est un peu comme si on voulait apprendre à danser à un enfant qui sait à peine marcher. 
On comprend donc que les jeunes libéraux aiment lancer des idées sans y avoir réfléchi longuement. M. Marleau a ainsi affirmé que la réforme du curriculum «pourrait être au primaire aussi». Mais sur quelles bases solides lance-t-il une telle idée? Mystère et boule de gomme.
De l'illogisme d'imposer un ordre professionnel 
C'est ce même manque de considération et de respect qui guide aussi le dossier d'un ordre professionnel pour les enseignants.
Les jeunes libéraux ont adopté cette proposition de façon majoritaire après seulement une vingtaine de minutes de débats. Réalise-t-on ici qu'il est contre la nature même d'un ordre professionnel d'être imposé? Normalement, ce sont les membres d'une profession qui décident de se doter d'un tel instrument. Que pense M. Marleau véritablement quand il affirme : «On aurait besoin d'un organisme qui, au lieu de fustiger et faire des déclarations de guerre, voudrait plutôt travailler à l'intérêt de la profession d'enseignant (...) On a besoin de gens qui vont s'asseoir pour réfléchir avec maturité à qu'est-ce qu'on a besoin pour développer, pour valoriser la formation d'enseignant et protéger les étudiants, les élèves.»
Pour ma part, je suis toujours inquiet quand les gens veulent mon bien et décident de valoriser ma profession sans me consulter. Surtout quand l'ancien candidat libéral dans le comté de Gouin dit : «[Or], ça prend aussi un organisme qui va réfléchir l'enseignement, mais pour le bien-être des élèves et des étudiants.» Sait-il seulement qu'il existe déjà divers organismes dont c'est précisément le rôle et que le ministre Proulx songe même à en créer un nouveau avec un Institut national d'excellence en éducation?
Dans toute cette question, la perception qu'a M. Marleau de la compétence des enseignants me semble anecdotique, réductrice, pour ne pas dire teintée de mépris. Ainsi, lors de ce congrès, celui-ci demandé à ses membres : «Par applaudissements, à qui c'est déjà arrivé d'avoir un professeur qui avait des problèmes avec un ordinateur?» S'il connaissait un peu la réalité scolaire, M. Marleau découvrirait que bien des enseignants doivent travailler dans des environnements numériques déficients avec des ordinateurs parfois désuets ou défectueux. Remettre en cause la compétence des enseignants qui n'ont pas reçu de formation adéquate de la part de leur employeur est tout simplement un raccourci odieux.
Cet engouement à propos d'un ordre professionnel de la part de gens qui ne sont pas les principaux concernés par ce débat montre plutôt que ceux-ci le voient davantage comme une façon de limiter l'influence des syndicats en éducation. Or, s'il existe des problèmes entourant l'évaluation et la formation continue des enseignants, nos décideurs semblent davantage vouloir leur faire porter le poids de certaines solutions au lieu de voir comment améliorer le système actuel. 
Ainsi, que fait-on actuellement pour les directions qui n'ont soit ni le temps, ni les connaissances, ni les ressources pour superviser pédagogiquement les enseignants? Rien. Que fait-on pour les enseignants motivés, mais à qui on donne peu le temps de se perfectionner et dont les efforts ne seront rarement reconnus? Rien. Et comment espère-t-on véritablement attirer de nouveaux candidats dans cette profession si on y ajoute des contraintes et des obligations?
Resserrer l'accès à la profession enseignante
Toujours dans le but de revaloriser la profession enseignante, les jeunes libéraux demandent à ce que l'on resserre les critères d'admission des programmes universitaires menant à cette profession. Encore une fois, ces derniers ont une méconnaissance consternante de la réalité scolaire actuelle.
En effet, bien des contingents de certaines facultés d'éducation ne sont pas atteints, faute de candidats. Dans certaines régions et dans certaines matières, il est arrivé qu'on manque de candidats alors que dans d'autres, on assistait à la situation inverse. S'ils connaissaient vraiment ce dont ils parlent, ces jeunes libéraux se seraient tout d'abord intéressés aux universités qui forment des enseignants sans tenir compte de la réalité des emplois disponibles. 
Il est anormal qu'on forme actuellement des enseignants dans des disciplines où les listes d'ancienneté sont interminables. On parle de précarité d'emploi et de jeunes enseignants qui quittent après cinq ans après leur entrée dans le monde de l'éducation. Il s'agit d'une réalité que M. Marleau et ses membres auraient dû aborder.
Dans les faits, bien peu des recommandations votées lors de ce congrès des jeunes libéraux deviendront réalité. Ils gonflent de beaux ballons politiques que les membres du gouvernement récupèrent ou pas, selon les circonstances. Il est cependant regrettable que des débats en éducation soient l'occasion d'un brassage d'idées aussi peu approfondies et posent les problèmes de façon aussi malhabile auprès du grand public pas toujours familier avec ces enjeux.
Luc Papineau, enseignant et co-auteur du Grand Mensonge de l'éducation, L'Assomption