Les immigrants ont bon dos dans cette élection

La campagne électorale bat son plein. Et plus elle avance, plus les couteaux volent bas. Et les victimes désignées en premier sont (roulement de tambour)... les immigrants!

Je n’en peux plus! Je suis tanné d’être pourfendu comme la source des maux de la société québécoise. Un coup, tu n’es pas intégré. Un coup, tu ne veux pas travailler. Un coup, tu menaces l’identité québécoise. Disons les choses peu et bien : je ne menace en aucune façon l’identité du peuple québécois. Je parle français. J’adhère aux valeurs de la société québécoise. Je n’ai pas besoin de montrer un blanc-seing pour ça.

Parlons-en, du recul du français. Pourquoi le français recule-t-il dans la province? Je ne pense pas, comme François Legault le dit, «que c’est à cause que», mais non , on ne dit pas«à cause que»! Je disais donc que ce n’est pas parce que le Québec est envahi par une horde d’immigrants incultes allophones que le français est menacé. Le français est menacé partout, même en France et en Afrique francophone.

Ce n’est pas la langue des affaires! Disons-le clairement!

Je ne suis pas spécialiste de la géopolitique des langues, mais j’avance l’hypothèse que si le français reprenait une place dans les affaires mondiales, il ne serait pas menacé. L’immigration d’ailleurs contribue au maintien du français. Je suis francophone et fier de l’être. Je parle mieux français en toute modestie que la plupart de mes compatriotes non dessouchés. Je le parle tellement bien que l’on me demande souvent : où avez-vous appris le français?

C’est un problème d’enseignement de la langue qui contribue également au recul de la langue. Je me demande même si toutes les identités dans ce monde ne sont tout simplement pas menacées...

Bref! L’immigrant a bon dos ces temps-ci. Et bizarrement, personne ne parle des employeurs qui rechignent à sélectionner les personnes selon leurs compétences et non comme ils se prénomment. Je me dis que cela va dans les deux sens. Si tu veux imposer des conditions d’entrée aux immigrants, facilite-leur aussi leur intégration en reconnaissant leurs compétences. Nous ne sommes pas venus ici pour tendre la main. Nous sommes venus comme les peuples fondateurs l’avaient fait pour contribuer à la prospérité de ce pays. Et tous les jours, on le fait. Si on demandait à tous les immigrants de quitter leur travail pendant une heure, je ne suis pas sûr que le Québec tiendrait 10 minutes!

Voilà! Lâchez-nous donc la grappe et parlez-nous d’économie, de prospérité, et du manque de solidarité intergénérationnelle, de la lutte contre l’isolement des personnes âgées, de l’importance de la famille, etc.

Isaak Fontaine, Québec