Les fragilités des temps modernes

On pourrait être tenté de considérer les multiples accélérations que nous vivons présentement comme un banal épisode des transformations historiques vécues par toutes les sociétés humaines. Ce qui ne réduit pas pour autant l’intérêt, voire la nécessité, de prendre acte des changements qui ont cours et de tenter d’en saisir les fondements et les effets.

On ne peut évidemment faire abstraction des conséquences engendrées par la multiplication d’un éventail croissant d’outils informatiques. Dès leur plus jeune âge, les enfants sont initiés à l’utilisation des téléphones portables, des visionnements de toutes sortes sur des tablettes (y compris dans les milieux scolaires), sur lesquelles les images évacuent de plus en plus la lecture, la compréhension et l’interprétation de textes.

On s’informe et on cause désormais beaucoup plus avec ces appareils «intelligents» qu’avec ses voisins, voire ses proches. De fait, ce qui est régulièrement présenté comme une assurance de lien et de communication, de contacts de tous les instants, génère plutôt un constant sentiment d’insécurité.

Ce terreau fertile à l’isolement et aux insécurités de toutes sortes constitue une porte d’entrée grande ouverte à la marchandisation d’un éventail sans cesse élargi de «produits». C’est d’ailleurs dans la foulée de l’omniprésence des incertitudes que naissent diverses «églises» et une gamme croissante de systèmes de croyances.

Aujourd’hui, plus que jamais, prophètes et gourous de tout acabit rivalisent pour établir la jonction entre systèmes de croyances, levées de fonds et multiples interventions dans les arènes politiques. Ce qui offre au moins l’avantage de ramener plus explicitement ces divers systèmes de croyances au nombre des entreprises développées par les humains pour tirer des profits, le plus souvent politiques et financiers, des insécurités et des désirs de leurs semblables.

Souhaitons que ces fulgurances des temps modernes nous servent à renouer avec les apprentissages les plus solides et pertinents qui naissent de la longue et lente fréquentation des divers systèmes de connaissances, de la solidarité citoyenne plutôt que du chacun pour soi, du plus possible de liberté humaine plutôt que des sources variées d’aliénation. Des chemins de plus en plus négligés et difficiles à emprunter pour un nombre croissant de personnes.

Serge Genest, Québec