En ce moment, le retour du voile dans les pays musulmans est le signe d'un fondamentalisme de plus en plus puissant et militant, affirme la sociologue d'origine égyptienne Leila Ahmed.

Les fondamentalismes religieux

Plusieurs phénomènes se conjuguent pour expliquer la présence de plus en plus sentie des fondamentalismes religieux telle qu'elle apparaît partout sur la planète. La société québécoise n'échappe pas à cette tendance.
Plusieurs phénomènes se conjuguent pour expliquer la présence de plus en plus sentie des fondamentalismes religieux telle qu'elle apparaît partout sur la planète. La société québécoise n'échappe pas à cette tendance.
Les médias font donc état régulièrement d'événements qu'on identifie à des conflits reliés à diverses occurrences de radicalisme religieux. Or, la seule ferveur religieuse ne suffit certes pas à expliquer que de plus en plus d'individus se gèlent à l'au-delà, pour emprunter une formule qu'utilise Ariane Moffatt dans une de ses chansons.
On ne peut effectivement comprendre les enjeux liés aux intégrismes religieux sans les lier d'emblée aux rapports politiques et financiers. La médiatisation du récent séjour en Israël du premier ministre du Canada s'avère d'ailleurs éloquente et très instructive en ce sens. En effet, la jonction entre politique, religion et finance ressort clairement de cet événement. En un sens, il n'y a rien là de bien nouveau. Depuis plusieurs siècles, des alliances et des rapports de force existent entre ces pouvoirs auxquels se sont aussi greffés les liens avec la magistrature. Toutefois, nous n'en sommes plus à l'époque des luttes entre têtes couronnées, des croisades ou du capitalisme naissant.
Nous nous targuons désormais de vivre dans des sociétés d'individus. Comme l'exprimait une jeune Québécoise devant la caméra d'un réseau de télévision : je porte le voile pour marquer mon adhésion à la religion musulmane et c'est mon droit. Cette jeune femme revendiquait ainsi sa place dans la société en tant qu'individu autonome qui réclame d'être respecté dans ses droits. Il n'en demeure pas moins qu'elle affirmait du même souffle son adhésion à un groupe dûment constitué. Elle s'appuyait aussi sur l'orientation de plus en plus fréquente du recours au législateur pour statuer sur les rapports conflictuels entre citoyens et institutions.
Par ailleurs, malgré la fluidité des liens sociaux qui sont le lot quotidien des individus partout sur la planète, malgré la multiplication des réseaux d'«amis» rendus disponibles par les nuages informatiques, de plus en plus de gens vivent l'isolement, la solitude et l'angoisse de la rupture du «fil twitter» auquel ils sont suspendus. Comme le chante Fiori: dans le monde virtuel tout le monde est seul, est tout seul. Ce qui permet de saisir pourquoi celles et ceux qui font valoir les règles du droit des sociétés néolibérales pour appuyer leurs revendications le font aussi en association avec les idéologies et les comportements de groupes d'appartenance, entre autres religieux.
Enfin, et bien qu'on puisse le conjuguer à des degrés divers selon les personnes concernées, l'attrait du mélange de pouvoir financier et politique n'est jamais absent chez celles et ceux qui savent canaliser les énergies de leurs concitoyens pour monter une entreprise, occuper une fonction élective ou devenir chef religieux. La croissance planétaire des radicalismes religieux s'alimente donc à la fois aux ambitions politiques et financières de certains individus, à l'isolement et à la fragilité psychologique d'un nombre grandissant de personnes et aux écarts de plus en plus marqués dans les conditions de vie matérielle entre une minorité de possédants et une majorité de dépossédés.
On ne saurait donc faire l'économie de ces facteurs pour comprendre les débats qui ont cours chez nous présentement. D'où l'utilité d'instituer un cadre de référence, une charte, pour mieux définir les enjeux politiques et sociaux liés à la montée de plus en plus manifeste des fondamentalismes religieux.
Serge Genest, Québec