Hélène David est la porte-parole de l’opposition officielle en matière de condition féminine.
Hélène David est la porte-parole de l’opposition officielle en matière de condition féminine.

Les femmes sont là

POINT DE VUE / «Les femmes au front» titrait avant-hier une lettre publiée dans Le Soleil, co-signée par Andrée Poirier, Caroline Senneville, Sonia Éthier, Nancy Bédard et Sylvie Nelson. Dans cette lettre, il nous était rappelé, une fois de plus, une réflexion que je me répète depuis le début de cette crise : en temps de guerre, en temps de crise, en temps de tempête, les femmes répondent présentes.

Elles sont au «front». Cette expression, «au front», empruntée au champ lexical de la guerre, a traditionnellement été utilisée pour désigner les hommes partis se battre dans les tranchées, faire face aux ennemis, armes en main. Pourtant, les femmes l’ont aussi été «au front» : elles le sont en majorité, comme elles l’ont été de tout temps, lorsqu’il s’est agi de soutenir nos sociétés traversant crises et méandres de tous ordres, de toutes natures. 

Si l’on pense aux deux grandes guerres du XXsiècle, les femmes ont répondu présentes, assumant des tâches traditionnellement réservées aux hommes, notamment déployées dans les usines, les commerces habituellement tenus par les hommes, ajoutant ces charges à celles du maintien en ordre des foyers. Les femmes ont souvent, à travers l’histoire et ses épisodes plus sombres, été appelées à porter à bout de bras des sociétés qui ne leur reconnaissaient alors que peu de droits. 

La promesse de plus de droits leur étant souvent faite en temps de crise, puis rapidement écartée une fois la crise passée. Pourquoi? Plus si important, plus si prioritaire, plus si nécessaire finalement.

Une petite différence s’impose toutefois au regard de la crise actuelle que nous traversons.

Aujourd’hui, les femmes sont appelées, non pas pour remplacer des hommes partis au front, pour assumer leurs responsabilités et revêtir leurs habits de travail. Non, aujourd’hui, les femmes sont sollicitées pour accomplir des tâches qui leur sont propres. En effet, les femmes sont majoritaires à occuper des emplois dans le réseau du service et des soins de la santé. Elles sont majoritaires à occuper les emplois dans le secteur des services. Elles sont majoritaires à occuper les emplois payés au salaire minimum, plusieurs étant officiellement considérés comme services essentiels en ce temps de crise. Ajoutons à cela la charge mentale du foyer, de l’éducation des enfants, qui demeure.

Là où certaines personnes diront qu’il faut reconnaître tout le monde, hommes et femmes, je répondrai qu’elles ont tout à fait raison, mais qu’aujourd’hui, l’effort déployé face à cette crise l’est par des intervenantes de professions à grande majorité féminisées. 

Le reconnaître n’enlève rien aux hommes. Le reconnaître reviendra, à prendre davantage conscience que le travail des femmes, notamment celui des soins («care») et des services, souvent invisibilisé et invisible, est essentiel et vital au fonctionnement de notre société.

Si on le réalise en temps de crise, peut-être l’assimilerons-nous encore plus en temps de paix.