Postes Canada supprimera le joli métier de facteur d'ici cinq ans. Dommage, mais inéluctable. Cela me peine pour mon facteur, fidèle, stoïque par tous les temps, pas chiâleux.

Les facteurs réorganisés...

Quoi de mieux qu'une bonne crise pour effectuer des changements organisationnels? Dans nos vies, on a l'habitude de faire le ménage justement quand on arrive devant un divorce; on se promet de changer ceci, cela. Et on entend souvent des personnes gravement malades qui, lors de leur rémission, disent qu'à partir de maintenant, elles vont vivre pleinement leur vie.
Quoi de mieux qu'une bonne crise pour effectuer des changements organisationnels? Dans nos vies, on a l'habitude de faire le ménage justement quand on arrive devant un divorce; on se promet de changer ceci, cela. Et on entend souvent des personnes gravement malades qui, lors de leur rémission, disent qu'à partir de maintenant, elles vont vivre pleinement leur vie.
Mais y a-t-il crise à Postes Canada?
Cette réorganisation du travail qui va dans le sens de la privatisation, la coupure des coûts et surtout l'arrêt de négociations avec ses employés et la gestion des salaires et des conditions de travail est dans la mouvance du néolibéralisme et l'individualisme.
Certaines municipalités ont modifié le travail des vidangeurs. Traditionnellement, ce travail s'effectue avec deux personnes avec le camion de déchets. Un employé arrête le camion juste à côté des sacs ou poubelles à déchets et ainsi l'éboueur - l'autre employé - peut vider le contenu des déchets dans le camion. On peut voir maintenant dans certaines municipalités ces deux fonctions opérées par un seul employé. Celui-ci conduit le véhicule et se positionne devant les bacs à vider et actionne un bras mécanique qui prend le bac, le soulève et vide le contenu dans le camion. On y verra sans doute plusieurs avantages du côté de l'employeur : une diminution du nombre d'employés (donc faiblesse syndicale), moins de blessures au travail, car c'est le bras mécanique qui force, pas de négociations salariales avec le bras mécanique et surtout pas de sautes d'humeur, d'arguments. La seule dépense étant la réparation de cet appareil et son maintien en bon état.
N'est-ce pas formidable?
Qu'en est-il des facteurs? Dans les reportages, on ne remet pas en question cette décision d'arrêter le service de livraison de lettres et le remplacer par des cases postales de quartier; on semble convenir qu'effectivement nous n'avons plus besoin de facteurs. Il faudrait vraiment se poser la question au sujet des coûts de réorganisation: est-il possible de passer le courrier le lundi, mercredi, vendredi dans tel secteur et le mardi et jeudi dans un autre secteur? Est-il possible que lorsqu'il y a des colis, l'acheteur ait l'option de décider de l'organisation qui va lui livrer son colis? Car pour le moment, on voit ces Purolator et autres UPS de ce monde envahir le marché canadien... et personne ne dit rien. Au sujet des pensions, il faut dire haut et fort que ces conditions ont été négociées de bonne foi; personne n'a tordu le bras de l'employeur. Si cela a été négocié, les défis que Postes Canada rencontre au sujet des pensions doivent être négociés. Comment se fait-il que l'on nous laisse croire que les méchants syndicats ne pensent qu'à eux-mêmes? On se souviendra que le syndicalisme a fait avancer les conditions sociales de la société (congés de maladie, congés de maternité, conditions salariales équitables pour les femmes, etc.). On sait bien aussi que les employeurs sont toujours à la recherche de profits et de compressions de coûts. Deux visions qui pourraient trouver un chemin d'entente plutôt que de se retrouver en opposition.
Finalement, encore et toujours qui dans la population pourrait écoper de cette réorganisation annoncée et de cette vision néolibéraliste et individualiste? Les handicapés, les personnes âgées, les personnes les plus démunies, mais, de toute façon, petite quantité négligeable peu organisée et en marge en quelque sorte de la société, n'est-ce pas?
Nicole Ouellette, Ottawa