Les enjeux du financement public de l’école privée

La subvention annuelle de l’État aux écoles privées est estimée à 500 millions $ par année, soit environ 5 % du budget destiné à l’éducation. L’abolition des subventions aux écoles privées est donc avant tout un choix politique, dans la mesure où le coût fiscal demeurerait relativement faible, par rapport au budget global du réseau. Rappelons que selon les résultats d’un récent sondage, les trois quarts de la population du Québec sont en désaccord avec le financement public des écoles privées.

Comparativement aux autres provinces canadiennes, on a au Québec une école inégalitaire, avec un portrait d’ensemble où les enfants des parents les plus favorisés se retrouvent dans une école où le milieu socioéconomique est favorisé. Or, des expériences concrètes montrent que la sélection des élèves basée sur le revenu socio-économique ou sur les résultats scolaires, non seulement ne favorise pas la réussite de l’ensemble, mais n’améliore pas la performance des meilleurs élèves. L’exemple de la Finlande et de la Suède est éclairant: la Finlande, reconnue pour sa performance aux tests internationaux de suivi des acquis des élèves, a aboli les écoles privées dans les années 1970. Les élèves font les mêmes apprentissages et les taux de réussite varient peu selon les écoles. À l’inverse, en Suède, les élèves se classaient très bien jusqu’à ce que le pays passe d’un système public centralisé à un système basé sur la concurrence entre les écoles, et les résultats aux tests internationaux ont chuté au-dessous de la moyenne de l’OCDE.

Au Québec, le système scolaire québécois ne remplit pas sa mission de permettre à chacun d’exploiter son plein potentiel, ce qui a des incidences sur le développement des compétences, les pénuries de main-d’œuvre et le développement économique, bien sûr, mais aussi sur la cohésion sociale et la participation citoyenne des élèves et futurs adultes dont le parcours scolaire est un échec. 

Ainsi, de 2011 à 2015, les écarts entre les taux de réussite du secteur public et du secteur privé ont presque doublé. Les écoles secondaires publiques du Québec accueillent proportionnellement deux fois plus d’élèves handicapés ou en difficulté d’apprentissage ou d’adaptation que les écoles secondaires privées. La sélection des élèves se fait aussi pour l’admission à des écoles ayant des programmes particuliers. 

Or, ce sont les élèves des milieux défavorisés qui profitent le moins de ces écoles publiques avec des possibilités d’enrichissement par le sport ou les arts. Pourtant, offrir ces programmes particuliers dans les milieux défavorisés pourrait contribuer à améliorer les résultats scolaires et à prévenir le décrochage. Des initiatives dans certaines régions du Québec ont permis des progrès notables en ce sens grâce à la détermination et à la concertation des leaders du milieu. Mais toutes les ressources disponibles doivent être mises en commun pour faire de l’école obligatoire une école pour tous, partout au Québec.

Ghislaine Lapierre, retraitée de la fonction publique québécoise, Laval