À l'extrême gauche sur la photo, la veuve de Jacques Parizeau, Lisette Lapointe

Les bottes et les fourmis

Faisant métier d'écriture, je suis plutôt d'un naturel loquace. Or aujourd'hui, je ne parviens pas à me saisir de la plume, ou du clavier, pour exprimer, disons, convenablement ma reconnaissance à l'endroit d'un compatriote - compatriote d'une envergure peu commune.
Aussi dois-je me faire violence pour oublier un instant, un tout petit instant, ma peine. Qui me paralyse. Oublier. En effet. Dans l'espoir d'approcher le clavier investi d'un minimum d'intelligence. De pertinence. Et de clarté dans les esprits. Ne serait-ce que pour me donner l'illusion du verbe, alors que c'est dame Silence - dans la tempête des mots qui ne manquent pas, déjà, de partout proliférer - qui me crie, qui me prie, de demeurer à l'écart. Et de rester recroquevillé. Et ce, afin simplement de revoir en pensée, dans le recueillement, la solitude et le calme, tout ce qu'un homme (ou une femme), parfois, peut, dans une vie, réaliser à lui ou à elle seul/e.
Pour tous.
Or pour l'instant la réflexion qui m'habite, quoique baignant dans les larmes, est tout entière dans la formulation suivante : Monsieur aura à lui seul contribué à l'avancement général du peuple québécois - et je pèse mes mots au moins autant que je les pense (les deux verbes étant d'ailleurs issus de la même source étymologique) - plus que la totalité des gouvernements Charest et Couillard à la faveur, à ce jour, de onze années à la barre de l'État québécois.
C'est pourquoi - ce qui au reste constitue sans doute une loi psycho-sociologique de l'Histoire - j'incline à penser que la médiocrité, la terrible médiocrité ambiante (laquelle ne manque jamais d'apparaître au lendemain de la disparition des de Gaulle et des René Lévesque de toutes les époques), ne manquera pas d'intensifier sa violence ici et maintenant (car la médiocrité en effet, sous quelque forme que ce soit, est toujours violence; y compris dans l'abstention, l'aveuglement, la modicité intellectuelle, la carence d'envergure et la lâcheté), en pays de Gilles Vigneault, à compter de ce Jour initial de Juin 2015. Que l'un des plus grands Serviteurs de l'État de l'Histoire du Québec aura choisi pour se retirer paisiblement en ses vignobles d'outre-cieux.
Monsieur Jacques Parizeau n'était plus aux affaires depuis plusieurs années. Certes. Mais sa présence auprès de Nous, citoyens du Québec, nous rassurait en quelque façon. La Liberté et la Dignité du pays de Pierre Bourgault restaient pour ainsi dire incarnées, tel un phare lumineux, par un homme. Un vrai. Là, vivant, ici. Réel. Avec lui avec nous, nous pouvions nous dire : « Non ! Nous n'avons pas rêvé. La Dignité n'est pas un mot creux sans signification. Et sans lendemain ».
Monsieur Parizeau, à vos pieds chaussés des bottes de sept lieues vers un avenir à la hauteur de « Quelque chose comme un grand Peuple » (dixit monsieur René un certain 15 novembre), je ne vois plus désormais que petitesse, corruption, idéologie étroite (à courte vue, sans vision et sans imagination), provincialisme heureux, anglodéfrancisation et canadodéquébécisation tout azimut. En clair : Je ne vois plus que fourmillement d'insignifiance.
Et il me faudra du temps, Monsieur, beaucoup de temps. Pour vous pardonner. De ne pas être éternel.
Madame Lisette Lapointe et enfants de Monsieur, Isabelle et Bernard, je vous embrasse. Intensément
Jean-Luc Gouin, un simple citoyen, qui avait 20 ans en 1976 et qui les a toujours, dans son identité citoyenne, Québec