Les milieux culturels sont en émoi, surtout en zone rouge! Cinémas, musées, théâtres ont dû fermer! Pourtant, la culture n’est-elle pas un bien essentiel? On peut comprendre la frustration ressentie par bien des acteurs du milieu culturel, dont les professionnels des bibliothèques et de la documentation que nous sommes.
Les milieux culturels sont en émoi, surtout en zone rouge! Cinémas, musées, théâtres ont dû fermer! Pourtant, la culture n’est-elle pas un bien essentiel? On peut comprendre la frustration ressentie par bien des acteurs du milieu culturel, dont les professionnels des bibliothèques et de la documentation que nous sommes.

Les bibliothèques: état des lieux en temps de pandémie

Réjean Savard
Réjean Savard
Président de la Fédération des milieux documentaires
POINT DE VUE / Les milieux culturels sont en émoi, surtout en zone rouge! Cinémas, musées, théâtres ont dû fermer! Pourtant, la culture n’est-elle pas un bien essentiel? On peut comprendre la frustration ressentie par bien des acteurs du milieu culturel, dont les professionnels des bibliothèques et de la documentation que nous sommes.

Selon l’Unesco, les bibliothèques sont garantes d’un accès démocratique à la connaissance, à l’éducation et à la culture parce que gratuites et ouvertes à tous et à toutes. Et parce que tout citoyen ayant un accès libre à l’information enregistrée est plus en mesure de prendre sa place dans la société. Elles sont une porte ouverte vers la liberté.

Heureusement, chez les membres de la Fédération des milieux documentaires que nous représentons (la plupart des institutions documentaires et des bibliothèques au Québec, soit les milliers de personnes qui y travaillent, et leurs millions d’usagers), plusieurs services restent ouverts, du moins en partie, et ce même en zone rouge!

Les bibliothèques universitaires du Québec par exemple restent ouvertes, mais sont soumises à des mesures sanitaires. L’espace physique est accessible pourvu qu’on respecte les mesures barrières. Le prêt de documents est également autorisé sous certaines conditions, mais on y encourage l’utilisation des services à distance qui, depuis plusieurs années, se sont beaucoup développés, notamment pour l’accès aux revues scientifiques, documents extrêmement importants dans ces milieux. La pandémie oblige cependant ces bibliothèques, parfois ouvertes au grand public, à limiter l’accès à la communauté universitaire (chercheurs, professeurs, étudiants).

Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) maintient aussi une bonne partie de ses services même si l’accès physique est limité. Les services de référence, par exemple, sont maintenus (par courriel, par téléphone ou via une rencontre en ligne avec un bibliothécaire en clavardage). De même que le prêt de documents à la Grande Bibliothèque (GB), après mise de côté de ceux-ci. Il est aussi possible d’obtenir un rendez-vous pour consulter les documents d’archives. Par contre, à la GB, certains services sont fermés, dont l’accès aux rayons et aux collections en libre-service, la consultation de journaux, l’utilisation des tables de travail et fauteuils, des salles de groupes et cabinets de recherche, l’utilisation des postes informatiques et des photocopieurs-numériseurs; le prêt de portables et de tablettes, les activités et visites de groupes, les casiers et les services de restauration. Notez que plusieurs services sont offerts en ligne, dont l’abonnement.

Du côté des bibliothèques publiques, on sait que le prêt numérique n’a cessé de se développer, notamment depuis la pandémie. Même dans les petites bibliothèques en région souvent desservies par le Réseau-Biblio, on peut avoir accès à de nombreuses ressources en ligne : prêt numérique, heures du conte, cours de langue, vidéos, etc. Le Réseau-Biblio de la Montérégie a même son propre magazine en ligne. Et bien entendu, le prêt sans contact reste disponible dans la plupart des bibliothèques publiques du Québec.

La situation dans les milieux spécialisés où l’on retrouve de nombreux centres de documentation est particulière (hôpitaux, services juridiques, ministères, entreprises, etc.). Le télétravail semble être très répandu dans ces services où l’on recherche souvent de l’information pointue, ce qui peut facilement être effectué à distance. Les accès aux rayonnages sont en général permis, mais dans le strict respect des mesures sanitaires (masque obligatoire en tout temps, distribution de gel hydroalcoolique, accroissement de l’entretien ménager, etc.). En milieu hospitalier, les services documentaires ont été au cœur de l’action. En plus de poursuivre, souvent à distance, leurs services d’information, certains employés ont dû aller prêter main-forte sur le terrain à la lutte contre la Covid.

En ce qui a trait aux bibliothèques de collège, dans la majorité des établissements, le comptoir du prêt est accessible physiquement pour les usagers, l’emprunt de documents est possible sur réservation. Des places assises sont disponibles dans certaines bibliothèques et, fait intéressant, dans certains cas le système intégré de gestion de bibliothèque (SIGB) est utilisé pour réserver les places et s’assurer de les désinfecter après le passage de l’usager. Certains établissements proposent également l’accès à des laboratoires informatiques servant à la formation à distance, lorsque l’étudiant doit participer à un cours offert en ligne. À distance, les bibliothèques ont mis en place, si ce n’était pas déjà le cas, des services de référence en ligne. Elles ont également bonifié leur offre documentaire de publications et de vidéos en format numérique et accessible.

La situation des bibliothèques scolaires, déjà fragile, semble plus critique. Il s’agit d’un milieu documentaire «défavorisé» depuis des années, que le ministère de l’Éducation tente de renflouer, mais où les ressources restent bien insuffisantes, notamment sur le plan des ressources humaines. On y trouve des situations meilleures que d’autres : certaines bibliothèques restent ouvertes comme d’habitude, mais dans plusieurs cas, les espaces de la bibliothèque ont été récupérés par les écoles qui avaient besoin de plus de locaux à cause de la Covid. Comme dans d’autres milieux ci-haut mentionnés, certaines écoles permettent la réservation de documents, que les usagers viennent récupérer. Dans certains cas, un système de prêt massif a été mis sur pieds pour les professeurs. On sait que plusieurs bibliothèques scolaires fonctionnent grâce à des bénévoles. Comme ceux-ci sont souvent âgés, cela complique les choses à cause des risques encourus. En ce qui concerne le prêt numérique, un projet a été développé par Pretnumerique.ca (Biblius) mais sa mise en œuvre aurait été retardée à cause de la pandémie, selon une collègue en milieu scolaire. Par contre, un outil numérique développé par et pour les bibliothécaires scolaires s’est montré très utile en ces temps difficiles : il s’agit d’une plateforme en ligne permettant de partager divers documents et outils de travail.

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On le voit, les milieux documentaires de tous horizons continuent de «faire partie de l’équation» malgré la pandémie et s’efforcent d’innover pour mieux servir leurs publics, souvent avec des ressources limitées. Malgré la pandémie, ils continuent d’assumer leur mission d’accès à l’information documentaire et à la culture. Il faut remercier les employés des bibliothèques et autres milieux documentaires de répondre présents en ces temps difficiles. Et il faut s’assurer que l’État ne les abandonnera pas, car une société qui n’a pas accès à la connaissance et à la culture est une société qui meurt à petit feu.