Les aînés, ces tout-puissants

POINT DE VUE / C’est la Journée des aînés. Mais le 1er octobre ne sert pas uniquement à les honorer ; c’est aussi l’occasion de mieux les connaître.

Chers Québécoises et Québécois, vous connaissez peu vos aînés. Mais vous n’êtes pas à blâmer ! Vos connaissances sont teintées par les médias qui relatent principalement leurs maladies, leur faiblesse ou encore le fait qu’ils coûtent cher à la société. Qui plus est, vous êtes exposés à des publicités les limitant à leur rôle de grands-parents. Puisque je suis un des privilégiés qui a la chance de les côtoyer au quotidien, je vais vous le dire et le redire : les aînés sont beaucoup, beaucoup plus que ça. 

Ma réalité professionnelle étant ce qu’elle est, j’œuvre aux premières loges du quotidien de milliers d’aînés, et ce, depuis plus de 25 ans. Dès les débuts du Groupe Maurice, je me suis donné le devoir de les connaître profondément, tant au niveau de leurs aspirations que de leurs besoins. Cet effort conscient m’a permis d’être de ces personnes choyées qui les connaissent véritablement, et qui, par le fait même, les considèrent davantage à leur juste valeur. Malheureusement, tous n’ont pas cette chance.

Cela dit, je vous en supplie, cessez de vous fier uniquement à la réalité souvent dépeinte dans l’actualité pour vous forger une opinion sur les personnes âgées. Croyez-moi, il y a de bien plus belles choses à connaître des aînés que les habituels drames et difficultés reliées à la portion la plus vulnérable de cette génération. C’est une grave erreur, en tant que société, d’être dans le déni, extrêmement dommage de passer sous silence un groupe de personnes à ce point déterminant dans l’écosystème collectif.

Si vous saviez à quel point il existe des talents méconnus chez plusieurs aînés, des legs cruciaux et des réussites honorables qui, entre autres choses, ont contribué à bâtir le Québec que l’on connaît aujourd’hui. Nous leur devons tout ! Désormais, si les femmes votent, si les employés sont respectés, ou encore si nos institutions sont celles que l’on connaît de nos jours, c’est grâce à celles et ceux dont nous marchons dans le sillage. Chaque jour, j’ai l’honneur de me faire regarder par des yeux qui en ont vu, me faire sourire par des hommes et des femmes qui ont défendu nos valeurs et perpétué notre héritage. Ajoutons à ces connaissances leur implication communautaire, ainsi que leur nombre grandissant, et le parallèle se fait aisément quant à leur importance en société.

Le rôle crucial des aînés en tant qu’agents de changement dans notre collectivité a toujours été une évidence pour moi. Aujourd’hui, des données viennent appuyer cette conviction : au Québec, une personne sur cinq est un aîné et de ceux-ci, environ 74 % ont voté aux dernières élections fédérales. Aucune autre tranche d’âge ne possède plus d’un vote sur quatre ! Aucune autre génération ne s’implique autant bénévolement ! N’est-ce pas là tout leur pouvoir ? Considérant nos besoins collectifs, leurs acquis et leur expérience, leur soutien et leur contribution ne nous sont-ils pas indispensables ? Pourquoi, donc, ne pas les écouter davantage ? Il ne s’agit pas ici de leur faire une faveur, mais bien, dorénavant, d’un incontournable. Le fait que j’œuvre depuis aussi longtemps dans le domaine des résidences pour retraités m’octroie le droit, voire la responsabilité, de le crier haut et fort.

Je profite donc de cette journée symbolique pour écrire ces quelques lignes qui, je l’espère, parviennent à traduire ma conviction face à l’ampleur de leur pouvoir, à l’urgence de changer les perceptions. Je serais le plus heureux des hommes si nous parvenions, en tant que société, à revenir aux sources, là où la sagesse des aînés était davantage respectée, et où leur place était non seulement prédominante, mais requise afin d’assurer notre saine pérennité.