«On doit mettre à sa disposition des moyens civilisés de partir en douceur quand bon lui semble. Si on n’a pas le droit de partir, on est prisonniers», écrit l'auteur de cette lettre d'opinion.

Légaliser la mort

POINT DE VUE / Pourquoi la mort est-elle illégale alors qu’il n’y a rien de plus naturel.

Comment se fait-il que des gens se font refuser le droit de mourir?

Au nom de quoi se permet-on de décider quand telle ou telle personne aura le droit de partir?

Est-ce un relent de fanatisme religieux fondamental? Est-ce que ces gens qui «veulent ton bien» sont ceux ou celles qui croient que quelqu’un t’attend dans un ciel ou un enfer imaginaire? Ou plutôt imaginé?

C’est ce que l’on a vécu depuis des centaines d’années. Il faut que ça cesse.

Qui d’entre nous n’a pas entendu un grand-parent dire : j’attends que le Bon Dieu vienne me chercher. Personne ne viendra te chercher grand-maman, il faut que tu restes encore sept ans dans ton lit en attendant que la mort te libère de ta prison.

Des milliers de personnes attendent. En fait, elles attendent pour rien, juste que le temps passe. On devrait avoir le droit de descendre du train où et quand on veut.

Qui a criminalisé la mort? De quel droit veut-on t’empêcher de descendre du train quand bon te semble?

Présentement dans les hôpitaux et les centres de soins palliatifs, il y a des centaines de gens qui voudraient mourir, mais on leur refuse ce droit; elles ne souffrent pas assez dit-on. Pourquoi est-ce si terrible qu’une personne meure, ce qui nous arrivera à tous?

Chaque semaine, j’entends de nouvelles histoires d’horreur de personnes que l’on a décidé de ne plus soigner parce qu’il n’y a plus rien que l’on peut faire. Alors, plutôt que de les aider à partir, on préfère cesser de les soigner, refuser de soulager leurs souffrances, cesser de les nourrir, et attendre qu’elles meurent de «leur belle mort». Quelle aberration!

En fait, elles meurent de faim et de soif au bout de quatre ou neuf jours, comme j’ai vu souvent dans les derniers mois. Je ne ferais même pas cela à mon cheval ou à mon chien.

Je suis pro-choix, je crois que les femmes ont le droit de décider ce qui se passe dans leur corps.

Je crois aussi que tout le monde a le droit de partir, ou de mourir, quand il veut et ne devrait pas être condamné à vivre ou à se mettre une balle dans la tête, ou se jeter en bas d’un pont, ou devant un autre véhicule.

On doit mettre à sa disposition des moyens civilisés de partir en douceur quand bon lui semble. Si on n’a pas le droit de partir, on est prisonniers.