Légalisation du pot: Québec laisse filer la manne

Alors que l'on apprend que le gouvernement fédéral va déposer un projet de loi prochainement afin de légaliser la marijuana en juillet 2018, le gouvernement du Québec est resté, pour l'essentiel, muet sur cette question.
Selon les rumeurs entourant le projet de loi, Ottawa entend encadrer lui-même la production de cannabis, instaurant des normes de qualité et délivrant les permis pour quelques producteurs triés sur le volet. Les provinces, de leur côté, auront le choix sur les méthodes de commercialisation, bien que l'on comprenne qu'ils devront autoriser cette commercialisation.
Même si le gouvernement du Québec actuel est formé majoritairement de têtes blanches qui n'aiment probablement pas cette idée, la légalisation deviendra une réalité au pays, qu'ils le veuillent ou non. Alors, commencer à penser à la logistique de la chose, à un an de sa réalisation, n'est pas trop demander.
Les expériences dans les États américains, ainsi que quelques études, tendent à démontrer que ce marché sera lucratif, et souvent plus important que ce que les prévisions faisaient valoir. Des études récentes chiffrent ce marché entre 1,3 et 3 milliards $, pour 1,2 million de consommateurs au Québec.
Parlons donc de commercialisation. Le gouvernement a deux choix : laisser le secteur privé s'en charger et percevoir des taxes, ou centraliser la vente à la Société des alcools du Québec (SAQ). D'abord, laisser ce produit dans les mains du secteur privé implique une surveillance importante, ne serait-ce que pour s'assurer que ce produit ne soit pas vendu aux mineurs. Ensuite, l'espace fiscal pour prélever des taxes est restreint : les producteurs et les commerçants auront déjà aligné leurs prix sur la demande du marché, tout excédent de taxe poussera les consommateurs vers le marché noir, ce qui serait contraire au but premier de cette mesure.
Centraliser la vente à la SAQ est donc une avenue simple, où la vente d'un produit interdit aux mineurs est déjà une pratique. Si on ne peut pas surtaxer le produit, à tout le moins la SAQ conservera elle-même la marge de profit du détaillant. Une récente étude de l'IRIS estimait un marché potentiel de 867 millions $ pour la SAQ.  
Parlons aussi de la production. Le cannabis est une plante qui se cultive facilement et se vend cher. Une recherche rapide sur Google montre des prix avoisinant 10 $ le gramme et des rendements de 150g ou 200g par plante, qui se cultive en 30 ou 40 jours. Une plante à 2000 $, que l'on fait pousser en serre jusqu'à 10 fois par année. Demandez aux agriculteurs s'ils connaissent un aussi bon investissement avec les choux, les fraises ou les carottes.
Veut-on laisser tout cet argent dans les mains de quelques producteurs choyés? On sait tous les problèmes politiques que l'octroi de permis peut potentiellement causer. Qui aura le droit de pénétrer ce lucratif marché? Seulement quelques privilégiés? Des contributeurs libéraux?
Le Québec a autrefois nationalisé la production d'électricité. Nous avons fait notre fierté nationale de ce géant, qui pourtant ne verse au gouvernement que quelque 2 milliards de redevance par année. Voulons-nous laisser passer cette manne potentielle, facile, de 3 milliards $, au moment où le Québec a besoin d'argent?
Mathieu Marchand, Québec