L'effritement du droit

Quelle importance accorde-t-on au respect des lois dans la société québécoise? Une société peut-elle exister longtemps sans obéissance aux lois? Ces questions me semblent présentement des plus pertinentes. Cinq situations courantes ou assez récentes où les lois sont prises à partie me viennent à l'esprit :
Quelle importance accorde-t-on au respect des lois dans la société québécoise? Une société peut-elle exister longtemps sans obéissance aux lois? Ces questions me semblent présentement des plus pertinentes. Cinq situations courantes ou assez récentes où les lois sont prises à partie me viennent à l'esprit :
• l'évasion fiscale et le marché au noir qui font perdre au trésor plusieurs centaines de millions de dollars par année, voire quelques milliards;
• les pots-de-vin exigés de firmes d'ingénieurs et de construction pour obtenir des contrats tels que rapportés par la Commission Charbonneau; celle-ci dévoile également le trucage et le gonflement illégal des factures pour réaliser plusieurs travaux publics;
• l'épisode des «carrés rouges» pendant lequel de nombreuses manifestations illégales sur la voie publique furent permises et des injonctions furent bafouées ;
• le projet de loi 52 ou loi concernant  les soins de vie qui traite ouvertement de l'euthanasie, domaine de compétence fédérale;  de plus le gouvernement québécois annonce, dès le dépôt de son projet,  qu'aucune poursuite ne sera intentée contre un membre du personnel médical qui pratiquera un acte d'euthanasie;
• le projet de loi 60 relatif à la charte des valeurs est considéré par la Commission des droits et libertés de la personne du Québec comme un projet incompatible, à plusieurs égards, avec les Chartes québécoise et canadienne des droits et libertés, mais le gouvernement juge immédiatement que l'avis de la Commission a peu d'importance.
Ces cinq exemples sont évidemment différents l'un de l'autre, mais ils témoignent tous d'un effritement du droit, lequel ne peut que refléter  un effritement du tissu social. En d'autres termes, un relativisme moral et un cynisme assez généralisé prévalent chez beaucoup de citoyens. Comme le gouvernement lui-même accorde peu d'importance au respect des lois, tout le monde peut faire de même! Ce rejet de la légalité mène nécessairement au manque de considération à l'égard du processus démocratique. L'opinion publique, les sondages, deviennent plus importants que les institutions reconnues. C'est le triomphe du populisme, de la «rue», comme disent certains politiciens français. C'est hélas cette pente que le Québec a choisie depuis quelques années. Le danger croît avec l'usage!
Michel Lebel, ancien professeur de droit à l'Université de Montréal et à l'Université du Québec à Montréal