Les trois plus grands syndicats de l'enseignement, qui représentent quelque 107 000 professeurs du primaire et du secondaire, réclament un moratoire sur l'implantation du cours d'éducation financière.

L'école détournée de sa raison d'être

La gouvernance du ministère de l'Éducation est bien représentative de celle du gouvernement, par les temps qui courent.
En effet, on gère maintenant les écoles comme des entreprises privées, en réduisant notre système d'éducation à de simples colonnes de chiffres. Malgré des mois de consultations régionales et nationales, des annonces d'investissements mineurs à la pièce et des projets de lab-école qui sentent à plein nez l'opération de relations publiques, rien n'a encore abouti pour améliorer concrètement la réussite éducative au Québec.
Pendant que le ministre improvise des annonces dans les médias et qu'il ne présente toujours aucun plan global pour l'éducation, il ne faut pas croire que tout est un long fleuve tranquille pour autant dans nos établissements scolaires.
Au contraire, l'ensemble du personnel en éducation subit une pression indue: personnel enseignant, de soutien et professionnel. Le scandale des notes gonflées, rapporté ces jours-ci dans l'actualité, n'est que le plus récent exemple des dérives de la logique comptable qui mène maintenant notre système public d'éducation. Cette vision mercantile de l'école n'est pas nouvelle. Elle a été instituée et est poursuivie par les libéraux depuis des années. Plus encore, elle s'accentuera dès l'an prochain dans l'ensemble des écoles du Québec, puisque le dernier projet de loi adopté en éducation va jusqu'à intégrer des cibles dans chaque projet éducatif. 
Et si l'éducation redevenait humaine?
Pour ce gouvernement, les élèves du Québec ne sont rien de plus que des statistiques. On réduit l'enseignement, l'acquisition de connaissances, l'apprentissage à une simple question de notes, de performance et de cibles chiffrées à atteindre. C'est un détournement de l'esprit même de l'école au profit de la vision néolibérale que ces gens ont de notre société.
En accordant une place aussi grande aux résultats, on impose à nos élèves et au personnel un stress démesuré. On favorise la poursuite d'une performance à tout prix sans égard à celles et ceux qui ont des difficultés et qui ont besoin d'un soutien particulier. Sans aucun remords, on n'hésite pas à couper de plus en plus dans les ressources. Or, les enfants ne sont pas tous faits pour rentrer dans le même moule. Une telle vision est totalement à l'opposé d'un système d'éducation axé sur l'égalité des chances et la réussite du plus grand nombre.
Ce dont ce gouvernement a besoin, ce n'est pas d'un autre remaniement ministériel cosmétique, c'est d'un changement en profondeur de ses valeurs. En éducation, le ministre Proulx doit donner l'exemple et remettre les élèves et le personnel au coeur des priorités. Il est urgent qu'il abandonne sa gestion comptable pour adopter une gestion humaine de notre système d'éducation. Les élèves et le personnel n'en attendent pas moins et n'en méritent pas moins.
Louise Chabot, présidente de la Centrale des syndicats du Québec