L’école à la maison

POINT DE VUE / À quoi ressemblait une journée typique à l’époque où nous faisions l’école à la maison avec nos deux filles ? Réveil à 8h ou 8h30, suivi d’un déjeuner tranquille et de la question obligatoire : « Qu’est-ce que vous voulez faire en premier ? » « J’aimerais travailler sur mon récit » était une réponse fréquente.

Par la suite, les matières « de base » suivaient — mathématiques, français, anglais, sciences, univers social, etc. Avec seulement deux enfants à qui enseigner, deux heures par jour suffisaient généralement pour rester sur la bonne voie.

Cela nous a laissé beaucoup de temps pour tous nos « extras », y compris les langues. En plus de nos journées régulières où l’on parlait exclusivement en espagnol, nous avons aussi étudié l’ukrainien, le mandarin et l’arabe. À un certain moment, les filles ont décidé d’ajouter le japonais et l’islandais.

Nos autres «extras» réguliers ? La programmation informatique, l’équitation, le kung-fu, le ski, le tissu aérien, la méditation, le piano, les cours de couture et d’art, les scouts et les ateliers d’art oratoire.

Sorties avec d’autres familles

Nos filles avaient la possibilité de passer du temps avec leurs amis lors de sorties avec d’autres familles éducatrices et de sortir avec des amis fréquentant l’école pendant les fins de semaine. Lors de nos hivers passés au Costa Rica et au Mexique, nos filles ont appris l’espagnol tout en côtoyant d’autres cultures.

Tout cela aurait été très difficile, voire impossible, avec les nouvelles règles tyranniques proposées par le gouvernement du Québec sur l’enseignement à la maison. Les nouvelles règles sont dévastatrices pour une grande partie des 5000 élèves éduqués à la maison au Québec. Ces règles semblent motivées par l’intolérance aux différences qui caractérise le gouvernement Legault.

Quel est le principal changement ? Pour la toute première fois, le gouvernement obligera tous les élèves qui apprennent à la maison à se soumettre à des examens normalisés créés par le ministère de l’Éducation pour l’école lors de différentes années, à partir de la 4e année.

La province la plus inhospitalière au Canada

Jusqu’à présent, le gouvernement exigeait que les parents enseignent les matières de base, mais leur permettait d’utiliser diverses méthodes d’évaluation, incluant des examens scolaires ou ministériels, des évaluations indépendantes ou un examen du portfolio.

Le nouveau règlement, proposé fin mars, est soumis à une période de consultation publique. Il entrera en vigueur le 1er juillet dans un amendement aux règlements de la Loi sur l’instruction publique.

Les nouvelles règles feront du Québec l’endroit le plus inhospitalier au Canada pour l’enseignement à la maison. Les autres provinces et territoires n’ont que des exigences minimales, telles que l’enregistrement auprès du ministère de l’Éducation. Pourquoi le Québec est-il différent ? Les parents d’ici sont-ils moins dignes de confiance ?

Certaines familles pourraient partir

De nombreux parents québécois craignent que les règles les obligent à abandonner l’école à la maison et à inscrire leurs enfants dans des écoles déjà aux prises avec des classes surchargées et un taux de décrochage extrêmement élevé. Certains disent qu’ils envisagent de quitter le Québec.

Pourquoi l’imposition des examens est-elle un si gros problème ? Si les enfants scolarisés à l’école les subissent, pourquoi pas ceux qui sont éduqués à la maison ? 

Les examens sont un fléau pour de nombreux élèves, parents et enseignants. Dans un rapport publié en février, le Conseil supérieur de l’éducation a appelé les éducateurs à revoir leur approche des examens, affirmant que l’accent excessif sur les examens ne soutient pas l’apprentissage et « ne favorise pas le développement des compétences du 21e siècle ».

Examens liés au décrochage

Dans un article d’opinion publié en 2017 dans un quotidien montréalais, un directeur d’école, James Watts, a qualifié les examens ministériels de « cause majeure » du décrochage scolaire au Québec et a déclaré qu’ils devraient être abandonnés. 

Les examens seront beaucoup plus pénibles pour les familles qui font l’école à la maison. Le gouvernement oblige les conseils scolaires à donner des manuels gratuits aux familles, mais d’autres matériels scolaires uniquement s’ils sont disponibles.

De nombreux parents disent qu’il est extrêmement difficile, voire impossible, d’obtenir du matériel essentiel, tel que des feuilles imprimées, des travaux en ligne, des cahiers, des tests d’essais, des corrigés et des guides d’apprentissage. 

Une attaque meurtrière

Les enseignants connaissent également les sujets des examens (même si les questions exactes sont secrètes) et enseignent dans cet esprit tout au long de l’année. Les parents-éducateurs n’ont pas accès à ces informations.

Plus fondamentalement, les examens sont une attaque meurtrière contre la vision de l’enseignement à la maison — la liberté d’adapter l’éducation aux capacités et à la curiosité des enfants et de favoriser un amour de l’apprentissage. Cette flexibilité est particulièrement essentielle pour les enfants ayant des besoins particuliers et les enfants doués.

Mais cette vision est probablement hors de portée si les élèves à la maison doivent suivre servilement un ordre d’apprentissage rigide, sans pour autant obtenir le matériel scolaire nécessaire. Pas de temps pour parfaire leurs connaissances sur les glaciers ou les parallélogrammes quand ils en ont envie. Pas de place pour les différences. Pas de temps pour tous les extras.

École guidée par l’enfant

C’est à la fois ironique et pénible. L’école à la maison, avec sa philosophie flexible et guidée par l’enfant, a beaucoup à enseigner aux éducateurs. Des études montrent que les élèves à la maison sont généralement en avance sur le plan académique et qu’ils réussissent mieux dans les tests de satisfaction de la vie.

Mes propres enfants vont à l’école depuis deux ans, après avoir été scolarisés à la maison pendant les six premières années. Bien qu’elles n’aient jamais auparavant passé un examen officiel d’école ou de ministère, elles obtiennent d’excellentes notes et ont été récompensées à de nombreuses reprises pour souligner leur mérite académique et sportif, y compris par la médaille de la directrice.

Le Québec devrait s’inspirer des familles qui font l’école à la maison au lieu de les préparer à l’échec.