Selon l'auteur de cette lettre d'opinion, le recours collectif déposé contre les CHSLD pourrait bien, finalement, bénéficier plus à ceux qui l’ont concocté depuis plusieurs mois qu’aux personnes elles-mêmes.

Le terrain de jeu préélectoral des CHSLD

Le débat provoqué par le dépôt du recours collectif par le Conseil pour la protection des malades contre le Gouvernement du Québec est bien engagé. Il me laisse perplexe à plusieurs égards, étant donné que les CHSLD au Québec sont depuis belle lurette une cible privilégiée de promesses et de commentaires de nos politiciens et de différentes organisations de défense de droits ou d’observateurs dits intéressés par le domaine. Ils constituent un terrain de jeu idéal en période préélectorale.

Cependant, il est bien possible qu’on ne puisse déclarer de gagnant à la fin. L’issue de ce débat risque de passer à côté de l’objectif qu’on souhaite tous atteindre : améliorer les conditions de vie de nos aînés qui ont largement contribué à créer la société dans laquelle nous vivons.

Ne nous méprenons pas : il n’est pas question d’affirmer que tout l’environnement de ces centres est idéal et qu’il ne doit pas faire l’objet d’attention renouvelée ou d’investissements judicieux pour les rendre plus humains, plus attrayants, plus respectueux. Au contraire. Il manque de physiothérapeutes, d’ergothérapeutes, de nutritionnistes, de techniciens en loisirs, d’infirmières et bien d’autres soignants. Peut-être pas un grand nombre, mais un minimum, selon chacun des établissements. 

Le recours collectif déposé pourrait bien, finalement, bénéficier plus à ceux qui l’ont concocté depuis plusieurs mois qu’aux personnes elles-mêmes. Les grands coûts déjà engendrés pour préparer le recours et ceux qu’il va entraîner pour le présenter, le défendre (ou le bloquer), seront déduits des sommes qui pourraient éventuellement être accordées aux familles des plaignants, constitués en grande partie d’aînés qui ont déjà quitté ce monde. Pourquoi attribuer ces éventuels centaines de millions soit aux avocats, soit aux personnes qui ont vécu dans les dernières années en CHSLD ou à leurs représentants?  

Ne serait-il pas plus profitable d’investir dans l’avenir, dans les différentes mesures qui auraient pour objectif d’améliorer le sort de ceux qui y vivent présentement et ceux qui y vivront dans le futur?

Les 22 exemples de mauvais services cités par le Conseil pour la protection des malades sont bien réels, il n’y a aucun doute. Certains méritent d’être qualifiés bien sûr et on ne peut dire qu’ils sont existants dans tous les CHSLD du Québec. Convenons qu’à la base, les services déjà dispensés sont de qualité quand on considère le contexte dans lequel ils s’appliquent. Cela est appuyé par plusieurs.

Cependant, ils peuvent servir de point de départ à un engagement gouvernemental à améliorer les choses. Du fait que plusieurs instances, tant gouvernementales que paragouvernementales, des associations professionnelles et la population elle-même sont interpellées, il est nécessaire de constituer un regroupement politiquement indépendant, rattaché par exemple au Protecteur du citoyen ou au Commissaire à la santé récemment réhabilité, pour piloter cette démarche. 

Encore faut-il que le gouvernement soit disposé à investir ces sommes dans les mesures retenues, sommes qu’il devra selon toute évidence dépenser d’une façon ou d’une autre, dans les prochains mois. Mieux vaut attribuer ces sommes à améliorer les choses pour l’avenir, que de l’attribuer en dédommagement au passé, même s’il y a une certaine rhétorique pour ce faire. 

Je suis d’ailleurs convaincu que fondamentalement, les personnes visées par un éventuel dédommagement souhaiteraient que ces sommes soient dévolues à l’amélioration du milieu actuel des personnes qui y vivent ou qui sont appelées à y vivre dans le futur.

Encore faut-il que l’engagement gouvernemental soit clair et qu’il s’y commette, pour contrecarrer les allégations (justifiées) faites depuis quelques jours par plusieurs observateurs qu’il y a déjà des rapports de visites et des études réalisées par le passé qui contiennent des recommandations appropriées, dont certaines ont été traduites en engagements formels par le gouvernement sans qu’on y donne suite. Nous sommes dans la période idéale pour analyser ce que nos (éventuels) représentants à l’Assemblée nationale sont prêts à faire à cet égard pour changer les choses.

Je ne peux m’empêcher de souligner que la population a aussi des responsabilités importantes pour améliorer la situation. Et cela doit commencer par visiter régulièrement nos aînés dans les CHSLD. Je suis un témoin privilégié du fait que trop souvent, ils sont délaissés, voire abandonnés, laissés à eux-mêmes et au personnel qui, pour la plupart, se donne à 110 % pour les résidents qu’ils côtoient tous les jours. C’est une responsabilité collective souvent ignorée.

Dr Guy Morissette

L’auteur est médecin actif dans le milieu des soins aux personnes âgées, des résidences pour personnes autonomes/semi-autonomes et des CHSLD, en plus d’être ancien PDG de l’Agence de la santé et directeur des services professionnels retraité.