de bande de Mashteuiatsh, Gilbert Dominique, est le chef responsable de la négociation entre les trois Premières Nations innues de Mashteuiatsh, Essipit et Nutashkuan et les gouvernements du Québec et du Canada dans le dossier de la négociation territoriale globale.

Le temps est notre pire ennemi

Dans une déclaration conjointe datée du 16 décembre 2013, les chefs des neuf Premières Nations innues du Québec réunis à Uashat mak Mani-Utenam ont déclaré vouloir renforcer l'unité de la nation innue et travailler ensemble au développement de sa gouvernance. Il s'agit-là d'un événement historique puisque cette réunion constitue un premier pas vers la création de ce qui pourrait un jour devenir le Conseil de la Nation Innue.
Dans une déclaration conjointe datée du 16 décembre 2013, les chefs des neuf Premières Nations innues du Québec réunis à Uashat mak Mani-Utenam ont déclaré vouloir renforcer l'unité de la nation innue et travailler ensemble au développement de sa gouvernance. Il s'agit-là d'un événement historique puisque cette réunion constitue un premier pas vers la création de ce qui pourrait un jour devenir le Conseil de la Nation Innue.
Cette vision d'entraide et de solidarité qu'entretiennent les chefs innus est d'autant plus importante qu'elle ouvre la voie à un regroupement des forces vives d'une nation éclatée par l'immensité de son territoire traditionnel, morcelée par l'occupation de ses terres, perturbée par l'activité industrielle et divisée par des pressions politiques et économiques externes. Une éventuelle unité de la nation innue susciterait une relation d'égal à égal entre celle-ci et les peuples qui composent la majorité citoyenne de ce pays.
En tant que chef responsable de la négociation pour les Premières Nations de Mashteuiatsh, Essipit et Nutashkuan, je tiens à manifester notre appui à ce processus de mise en commun des intérêts innus. Les communautés dites de «l'Approche Commune» qui ont signé en 2004 l'Entente de principe d'ordre général (EPOG) avec Québec et Ottawa sont en effet déterminées à jouer un rôle constructif au sein du nouveau forum. Nous entendons notamment y faire valoir les avantages de la négociation territoriale globale dans laquelle nous sommes engagés, tout en mettant l'emphase sur l'obligation qu'on les gouvernements de respecter l'esprit des ententes ainsi que les échéanciers convenus. Nous y exprimerons notre conviction qu'un traité négocié de gouvernement à gouvernement, qui respecte nos droits ancestraux et notre titre aborigène, vaut mieux que des accords emportés à l'arraché au fur et à mesure que surviennent les atteintes à nos territoires traditionnels, à notre développement économique et à nos aspirations en tant que société distincte.
Notre position à cet égard tiendra également compte des nombreuses défaillances du processus de négociation qui dure depuis bientôt 15 ans sans que nous ne soyons parvenus à progresser de façon significative sur des questions clés telles l'autonomie gouvernementale, le régime territorial, la participation réelle sur nos terres ancestrales, les activités traditionnelles, les redevances et bien d'autres encore. Tout en étant convaincus qu'un recours aux tribunaux en matière de reconnaissance des droits de la nation innue ne ferait que reporter les problèmes à plus tard et engagerait des sommes considérables pour toutes les parties en cause, nous n'hésiterons pas à dénoncer, auprès des représentants des autres Premières Nations innues, les tactiques d'obstruction que continuent d'exercer les gouvernements fédéral et provincial à la Table centrale de négociation.
Les trois Premières Nations du Regroupement Petapan que je représente dans le cadre de la négociation actuellement en cours ont l'intention de collaborer pleinement à la démarche visant la reconnaissance et l'autonomie de la nation innue. Tout en appuyant le processus de négociation de gouvernement à gouvernement, nous rappellerons aux représentants des autres communautés que les Innus sont présentement à un point tournant de leur histoire et que le temps est notre pire ennemi: si nous n'en arrivons pas bientôt à des ententes acceptables avec les deux paliers de gouvernement, les positions de nos populations pourraient se radicaliser et mener à un esprit de confrontation dont personne ne sortira gagnant.
Gilbert Dominique, chef des Pekuakamiulnuatsh de Mashteuiatsh et responsable de la négociation