La proposition de deux économistes canadiens de taxer les aliments a été plutôt mal accueillie.

Le taux d'autosuffisance alimentaire de 33% est une erreur de calcul

Depuis déjà quelques années, l'UPA clame que le taux d'autosuffisance alimentaire québécois se chiffre à 33% des achats faits dans le commerce de détail et dans les marchés de l'hôtellerie, de la restauration et de l'institutionnel (HRI). Ce taux est un concept simple et séduisant. Il permet d'exprimer de façon chiffrée l'objectif d'une éventuelle politique agricole tout en rappelant la populaire Politique d'autosuffisance alimentaire des années 1970. La preuve: ce 33% est de plus en plus repris dans la presse et par les politiciens, Marie Bouillé, présidente de la Capern étant la dernière à ce jour.
Depuis déjà quelques années, l'UPA clame que le taux d'autosuffisance alimentaire québécois se chiffre à 33% des achats faits dans le commerce de détail et dans les marchés de l'hôtellerie, de la restauration et de l'institutionnel (HRI). Ce taux est un concept simple et séduisant. Il permet d'exprimer de façon chiffrée l'objectif d'une éventuelle politique agricole tout en rappelant la populaire Politique d'autosuffisance alimentaire des années 1970. La preuve: ce 33% est de plus en plus repris dans la presse et par les politiciens, Marie Bouillé, présidente de la Capern étant la dernière à ce jour.
Or, ce chiffre est une erreur conceptuelle et de calcul.
Il est basé sur des données d'une publication du MAPAQ de 2008 qui estiment les achats du commerce agroalimentaire selon la source: achats directs des producteurs, achats des transformateurs québécois, achats des autres provinces et de l'étranger. Pour en arriver à seulement 33 % d'achats québécois, l'UPA n'a retenu que les ventes directes des agriculteurs et une partie des ventes de produits agricoles faites aux transformateurs québécois. De plus, une part significative de la valeur ajoutée par ces derniers a été exclue du calcul.
Rappelons que les Québécois mangent d'abord et avant tout des produits transformés, des pièces de viande, des mets préparés prêts à consommer, des fromages en tout genre, du pain, des biscuits et autres brioches. Les agriculteurs sont d'ailleurs les premiers à mettre de l'avant les effets d'entraînement du secteur agricole sur l'économie et l'emploi agroalimentaire. Si l'on tient compte de la réalité du marché alimentaire et que l'on inclut toute la valeur ajoutée de la transformation destinée au marché québécois, on obtient un taux de 55% d'autosuffisance en 2008. Malgré cette correction, la question de la pertinence de pareil calcul dans une économie agricole et agroalimentaire saturée qui vit largement d'exportation et n'a pas d'autres choix pour assurer son développement, demeure entière.
À la veille de l'énoncé d'une nouvelle politique agroalimentaire tant attendue, il ne faudrait pas qu'elle soit basée sur une erreur de calcul.
Michel Morisset, professeur
Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation, Université Laval