Avec l’élargissement de l’aide médicale à mourir, une disposition visant à appliquer l’AMM aux «personnes qui ont des troubles mentaux sévères et qui sont souvent réfractaires à tout traitement», la ministre de la Santé Danielle McCann risque de créer un dangereux précédent, écrit Jean-Paul Plante.

Le «syndrome Jolin-Barrette»

POINT DE VUE / Soucieux de faire sa marque comme «gouvernement qui passe à l’action», l’administration Legault nous a habitué à des dossiers mal ficelés où l’impact et les conséquences des politiques mises en place se mesurent davantage a posteriori faute d’un rigoureux travail d’analyse et de consultation en amont, ce qu’il pourrait être convenu de désigner désormais de «syndrome Jolin-Barrette», celui-ci s’étant particulièrement distingué à cet égard.

En annonçant, en fin de point de presse sur l’élargissement de l’aide médicale à mourir, une disposition visant à appliquer l’AMM aux «personnes qui ont des troubles mentaux sévères et qui sont souvent réfractaires à tout traitement», la ministre de la Santé Danielle McCann risque de créer un dangereux précédent et omet surtout de justifier une décision qui semble sortir de nulle part et qui, de surcroit, n’a aucun rapport avec ce que Mme Gladu et M. Truchon ont demandé dans leur requête en justice.

Quant à l’affirmation de la ministre à l’effet que cet élargissement de l’AMM ne toucherait que des «situations extrêmement exceptionnelles», celle-ci n’a rien de rassurant car, une fois le précédent créé, on risque de nouveau de porter les conséquences d’un dossier mal réfléchi, aux conséquences mal définies et qui, pour l’instant, est loin de faire consensus dans la population.

Au lieu de penser offrir aux Québécois des réductions d’impôt qui se traduisent souvent par des miettes dans le compte de banque des contribuables, le gouvernement Legault gagnerait en crédibilité en réinvestissant là où les libéraux ont sauvagement coupé et plutôt que de penser à élargir l’AMM aux personnes qui ont des troubles mentaux sévères, on aurait avantage à renforcer la qualité des services aux personnes qui souffrent de santé mentale et aux organismes qui leur viennent en aide.