«Au Groupe Capitales Médias [...] les 900 retraités ont subi une réduction de 26 à 29% de leurs rentes le 1er février dernier à la suite de la terminaison de leur régime de retraite et à la présence d’un déficit de solvabilité», écrivent les auteurs. 
«Au Groupe Capitales Médias [...] les 900 retraités ont subi une réduction de 26 à 29% de leurs rentes le 1er février dernier à la suite de la terminaison de leur régime de retraite et à la présence d’un déficit de solvabilité», écrivent les auteurs. 

Le silence de la CSN et de la FTQ

Collectif
Collectif
POINT DE VUE / Lettre à M. Jacques Létourneau, président de la CSN et à M. Daniel Boyer, président de la FTQ.

Messieurs,

En juin dernier, une pétition électronique signée par 10 142 personnes sur le site de l’Assemblée nationale du Québec a été déposée pour demander la mise en place d’une assurance rentes et la révision de la Loi sur les régimes complémentaires de retraite.

Cet appui, qui s’est exprimé malgré que toute l’attention ou presque portait sur la première vague de la pandémie de coronavirus, dénote d’un consensus social assez généralisé voulant qu’on ne doit pas réduire les rentes des personnes déjà à la retraite.

La pétition qui a été parrainée par le député de Québec Solidaire, Vincent Marissal, était appuyée également par le Parti libéral et le Parti québécois. Plusieurs groupes dont le réseau FADOQ et la Fédération canadienne des retraités ont soutenu l’initiative.

Alors que s’amorce en commission parlementaire, cette semaine, le débat sur le projet de loi 68 concernant un régime à prestations cibles – qui lui aussi reporte sur les épaules des travailleurs et retraités tous les risques de tels régimes -, il est plus que temps de se pencher sur le sort de ceux qui sont actuellement aux prises avec des régimes déficitaires.

Au Groupe Capitales Médias dont faisaient partie les journaux Le Soleil, Le Nouvelliste, La Tribune, Le Quotidien, La Voix de l’Est et Le Droit, les 900 retraités ont subi une réduction de 26 à 29% de leurs rentes le 1er février dernier à la suite de la terminaison de leur régime de retraite et à la présence d’un déficit de solvabilité.

La rente moyenne annuelle des retraités de GCM se situe présentement à un peu plus de 12 000$. C’est donc dire que plusieurs retraités reçoivent moins de 10 000$ par année alors qu’ils n’ont plus l’âge pour se refaire.

Comme vous le savez, une assurance rentes est en place en Ontario depuis 40 ans pour compenser en bonne partie les retraités dont les rentes ont été réduites à la suite de la terminaison de leur régime de retraite à prestations déterminées, laquelle a été causée par la faillite de leur ex-employeur. Quelques retraités de GCM qui ont travaillé à Ottawa recevront jusqu’à 1500$ par mois pour compenser les pertes de leurs rentes contrairement à leurs collègues au Québec.

À notre connaissance, un seul syndicat important, soit Unifor, a affiché publiquement son appui à une assurance rentes. Nous nous expliquons mal le silence de la CSN et de la FTQ sur le projet d’une assurance rentes. Il nous semble qu’un appui public des centrales syndicales en faveur d’une telle mesure aurait été grandement apprécié et souhaitable. D’autant plus qu’une telle mesure pourrait être bénéfique à des syndiqués membres de vos centrales qui deviendront un jour des retraités et qui, malheureusement, pourraient goûter à la même médecine que les retraités de GCM.

Par ailleurs, nous comprenons mal que la CSN et la FTQ aient appuyé les nouvelles règles de financement qui permettent aux employeurs, depuis 2016, de ne plus financer le déficit de solvabilité des régimes de retraite à prestations déterminées sans la mise en place de mesures de protection adéquates pour les retraités en cas de faillite de leur ex-employeur. Fruit amer d’un consensus entre les centrales syndicales et le patronat, ces nouvelles règles de financement sont une des causes principales des déficits des régimes de retraite de GCM et des coupures de rentes des retraités.

En 2015, le gouvernement, les partis d’opposition, les centrales syndicales, le patronat avaient pourtant été mis en garde devant les dommages collatéraux d’un non-financement des déficits de solvabilité pour les retraités dont l’entreprise ferait faillite.

Comme nous l’avons indiqué, en juin dernier, dans une lettre au premier ministre François Legault, la solution de faire en sorte que Retraite Québec administre de façon provisoire la caisse de retraite est insuffisante. Cette possibilité pourrait réduire légèrement la coupure de nos rentes mais une baisse plus forte ne peut être écartée non plus.

Une assurance rentes financée par les employeurs nous semble une réponse appropriée pour éviter des coupures dramatiques des revenus des retraités. Sans une telle assurance rentes, un déficit de solvabilité non financé reste une véritable épée de Damoclès sur la tête des retraités mais aussi des syndiqués.

En conclusion, nous demandons à la CSN et à la FTQ de reconsidérer leur décision et d’appuyer le projet d’une assurance rentes.

Veuillez accepter l’expression de nos sincère salutations.

Les associations de retraités des journaux québécois du Groupe Capitales Médias

Signataires

Robert Fleury, président

Association des employés syndiqués retraités du journal Le Soleil

Serge Lemelin, président

Association des retraités du Quotidien

Pierre Carrier, président

Association des retraités du Nouvelliste 2019

Jeannot Bernier, président

Association des employés retraités de la Tribune

Louis Lapierre, président

Association des retraités de La Voix de l’Est