S'il y a urgence d'agir lorsque le feu se déclare dans un bâtiment, une femme portant le tchador n'est pas le feu. Si elle s'assoit sur un siège de député, le Salon bleu ne brûlera pas.

Le Salon bleu ne brûlera pas

Grossièrement, la séparation de l'Église et de l'État découle de la distinction entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel. Évidemment, on s'attend en démocratie parlementaire à ce que l'exercice du pouvoir temporel se fasse en adéquation avec de grands principes généraux et durables comme la liberté ou l'égalité. Néanmoins, cet exercice se fait sur ce qui a une réalité concrète effective ou sérieusement envisageable. L'opposition n'est donc pas censée se positionner et critiquer le gouvernement par rapport à des scénarios purement virtuels.
Il est virtuellement possible pour un prêtre catholique de devenir député provincial ou fédéral. Il lui suffit d'être élu. Cela signifie qu'il doit soit avoir au préalable la notoriété suffisante pour être élu en tant qu'indépendant, soit avoir accepté la ligne d'un parti politique suffisamment populaire, parti qui doit d'ailleurs l'accepter comme candidat. C'est d'ailleurs arrivé par le passé. Néanmoins, le récent cas du défunt abbé Gravel montre que ce n'est plus un scénario sérieusement envisageable.
Messieurs Legault et Lisée, les femmes qui portent le tchador sont peu nombreuses au Québec. La possibilité que l'une d'entre elles se retrouve à siéger à l'Assemblée nationale est donc littéralement improbable. De plus, la ministre Thériault a avancé l'idée que ces personnes ne sont pas intéressées à joindre la vie publique et politique. J'ai l'impression qu'elle est ici dans le vrai.
Certes, les imprévus arrivent et il est important de tenir compte de certains scénarios, même s'ils restent improbables. Il y a par exemple peu de chances qu'un incendie éclate demain après-midi au parlement alors que l'Assemblée est en pleine séance. Il reste pourtant important que des procédures d'évacuations soient mises en place. Des vies humaines en dépendent.
Nous en comprenons suffisamment sur le feu pour savoir qu'il y a urgence d'agir lorsqu'il se forme dans un bâtiment. Une femme portant le tchador n'est pas du feu. Si elle s'assoit sur un siège de député, le Salon bleu ne brûlera pas. Il serait alors possible, et même nécessaire, de prendre le temps de comprendre ce qui se passe, car comme je le disais, une telle élection serait pour le moins inusitée. Non, Messieurs Legault et Lisée, on ne pourrait pas d'emblée affirmer que les électeurs concernés auraient voté pour la soumission de la femme à l'homme - si c'était le cas, le vrai problème ne serait pas le tchador de l'élue. Il y aurait d'autres facteurs à examiner. La vie n'est pas simple comme ça. On ne peut pas non plus d'emblée considérer n'importe quelle prise de position au nom de l'égalité homme-femme comme étant une contribution réelle à cette cause.
Il se peut aussi que je perde mon temps en m'adressant à des chefs politiques qui pensent que nous pouvons tester les valeurs des immigrants ou qu'il est important de se prononcer sur la tenue de députées imaginaires.
Antoine Desgagnés, Québec