Environ 25 000 personnes ont participé à la Marche pour le climat vendredi à Québec.

Le refus de comprendre de François Legault

POINT DE VUE / Pour un peu, la lettre du premier ministre François Legault adressée vendredi dans les journaux à rien moins qu’à tous les jeunes du Québec sera une pièce d’anthologie à la gloire des communicateurs professionnels du cabinet et autres lobbyistes gravitant aux portes du gouvernement.

À tout le moins, la voilà, texte et démarche, insultante, ramassis de poncifs d’une autre époque destinés à faire bien paraitre la droite affairiste au pouvoir. Seule différence de ces clichés d’avec l’ère Duplessis: les actionnaires et entrepreneurs ne sont pas tous à l’étranger, mais le plus souvent des nôtres.

Quel est le but de l’action dite marche des jeunes? Enclencher, voudrait-on espérer, dans l’esprit de la collectivité (et des payeurs de taxes) le mouvement de réfléchir et d’agir sur les significations de changements climatiques planétaires. Le but de la lettre «première ministérielle» : vanter la jeunesse pour mieux noyer le poisson (pas juste le bar rayé!) dans l’écran de fumée affairiste de nos véritables intérêts et intentions.

C’est-à-dire de tenter de profiter directement de l’élan de la jeunesse, de l’entrainement d’une conscience naissante aux antipodes de la nôtre, pour habiller d’une nouvelle couche de respectabilité miroitante les promesses électoralistes qui nous ont portés au pouvoir, telle la promesse électoraliste tout à fait locale d’un 3e lien Lévis-Québec et l’appui, tout à fait local aussi, au GNL du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

N’a-t-on pas vu cette semaine le ministre Charrette, par exemple, proposer d’avancer un nouvel argument, le développement durable, pour défendre l’idée de s’être engagé dans un troisième lien Lévis-Québec, alors qu’on ne dispose d’aucune donnée technique autre qu’une ligne tracée sur la carte du fleuve par un collègue ministre?

Populisme tous azimuts: tout est bon pour se mettre à l’abri de décisions difficiles pouvant compromettre notre réélection. Comme l’illustre l’expédition aux calendes grecques de la réforme promise du mode électoral, sous prétexte que le premier ministre… n’avait pas tout compris!

Il faut croire, à la lecture de cette lettre préparée par le cabinet sous la forme d’un geste solennel se voulant appuyer les personnes s’apprêtant à une longue marche dans la rue, à un aveu historique nullement déguisé.

Savoir que la CAQ en 2018 a réussi, recyclant le slogan de 1960 des libéraux: «Il faut que ça change»!, à s’en servir pour réanimer le bas-fond duplessiste de notre histoire : les régions, c’est-à-dire le Québec rural, eut dit Duplessis, la xénophobie, c’est-à-dire les Témoins de Jehovah, avait-il dit, les taxes, c’est-à-dire l’exportation de nos richesses, disait-il, la grandeur du peuple, flagornait-il.

Cette Lettre à la jeunesse québécoise signée François Legault est sans doute une insulte à notre intelligence, en plus de l’être à l’endroit de l’avenir, mais faudrait-il s’en surprendre. Le sens du Canada depuis sa fondation consiste, faisait observer Serge Bouchard, en un projet d’exploitation. Le premier ministre Legault aurait maintenant mauvaise grâce, lui qui a renié son passé souverainiste, à ne pas s’en réclamer.