Le RCI, un coup d’épée dans l’eau potable

Au cours de ses mandats et particulièrement le dernier, M. Régis Labeaume, maire de Québec et président de la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ), a habitué ses commettants à un discours qui se voulait très rassurant quant aux actions qu’il entreprendrait pour assurer la protection à long terme des sources d’eau potable de l’agglomération de Québec.

En 2015 et 2016, monsieur le maire s’est appuyé sur les responsabilités et les pouvoirs de la CMQ pour passer à l’action. Il a proposé à ses pairs un projet de règlement de contrôle intérimaire (RCI), qui visait à imposer des restrictions supplémentaires aux interventions humaines dans les bassins versants des prises d’eau de la Ville de Québec installées dans les rivières Saint-Charles et Montmorency. Deux des principales sources d’eau potable de l’agglomération méritaient ainsi son attention. 

À la table de la CMQ, où siègent les maires des municipalités constituantes, monsieur Labeaume s’est retrouvé face à une résistance telle de maires de la couronne nord de Québec que le projet de RCI a dû être réécrit et réécrit, jusqu’à perdre son essence. La moindre réflexion sur la situation amenait à conclure que ce RCI ne serait qu’un coup d’épée dans l’eau potable. Malgré cette triste dilution du règlement, celui-ci a été adopté, est entré en vigueur et a été entériné par le ministère des Affaires municipales. Depuis, les municipalités de Stoneham et de Lac-Beauport ont demandé à la Cour supérieure du Québec de l’invalider. Quand nous réfléchissons à ce cas, il est facile de faire un lien avec le temps de la Communauté urbaine de Québec (CUQ) alors que l’esprit de clocher était monnaie courante.

Alors que les bulletins de vote à l’élection municipale de dimanche dernier ont à peine eu le temps d’être rangés, quelle surprise et quel culot que de voir les nouveaux maires de Stoneham et de Lac-Beauport réappliquer publiquement auprès du maire de Québec, qui sera probablement renommé président de la CMQ prochainement, pour lui demander de rediscuter du RCI et même revenir à la réglementation antérieure alors que leur municipalité conteste juridiquement ce règlement de la CMQ. Mais comment ces élus évaluent-ils la portée des interventions humaines sur leur territoire? À moins qu’il soit plus important d’émettre des permis de construction que de protéger une source d’eau potable d’un territoire en aval.

Monsieur Labeaume, tous les citoyens et citoyennes de la ville et de l’agglomération de Québec comptent sur vous et vous prient de rappeler à ces maires et à l’ensemble des élus des municipalités de la CMQ qu’une de leurs responsabilités principales et collectives est de prendre toutes les mesures qui assureront un approvisionnement en eau potable de qualité aux générations actuelles et futures. À cette fin, ne croyez-vous pas qu’il serait plus logique de reprendre la discussion en vue d’aboutir à un RCI qui permettra vraiment d’atteindre l’objectif visé?

André Demers, Québec