Des membres du groupe Extinction Rebellion ont frappé à Montréal mardi matin mais aussi dans plusieurs villes canadiennes dont lundi à Vancouver sur le Burrard Bridge

Le radicalisme écologique n’est pas une voie pragmatique.

POINT DE VUE / Mardi matin, le pont Jacques-Cartier a été pris en otage par trois militants écologistes du groupe Extinction Rebellion, un mouvement britannique qui opère dans plusieurs pays au nom de la protection de l’environnement et de la lutte contre les changements climatiques. Afin de faire valoir l’urgence de la situation, les militants en questions fonctionnent utilisent la désobéissance civile, c’est-à-dire qu’ils n’hésitent pas à enfreindre la loi afin de mener des gestes revendicatifs, tout en évitant de sombrer dans la violence directe.

À la lumière de ces actions, peut-on présentement affirmer que le coup d’éclat sur le pont Jacques-Cartier a eu un impact positif sur l’environnement, mais aussi la société? La réponse est fondamentalement négative. Sur le plan environnemental, toutes les automobiles en arrêt, immobilisées pendant plus de 1h30, ont finalement émis bien plus de gaz à effet de serre que dans une situation initiale où les flux de circulations sont réguliers. Le coup d’éclat, mené au nom de l’environnement, a paradoxalement causé un plus grand niveau de pollution. De plus, nous sommes en plein cœur d’une campagne fédérale. Il existe une multitude de leviers concrets et accessibles afin d’embrasser les règles de la démocratie parlementaire et faire progresser la cause environnementale de façon substantielle. L’illégalité militante n’en est pas un. 

Sur le plan social, il est manifeste que ce n’est pas avec l’usage de la terreur que l’on convainc la population du bienfait de la cause. Avec la manifestation massive du 27 septembre, le Québec a clairement démontré une conscience écologique forte au sein de notre population. Ces dernières semaines, force est de constater l’enjeu climatique occupe une place de plus en plus prépondérante au sein du débat politique. L’écologie est désormais un sujet politique incontournable et prégnant. À l’inverse, en prenant malgré elle une frange de la population en otage, en usant de la terreur et en allant jusqu’à mettre d’innocentes vies en jeu au nom d’un idéal, le radicalisme écologique s’aliène inévitablement une multitude de citoyens qui, même s’ils sont sensibles à l’enjeu climatique, refusent de participer à cette logique de désobéissance civile.   

À travers cette dynamique revendicatrice, il y a aussi la jeunesse à prendre en compte. On le sait, nos jeunes sont profondément affectés par l’enjeu des phénomènes climatiques, au point même d’en souffrir d’anxiété. 

Lorsqu’un parti qui siège à l’Assemblée nationale du Québec, Québec solidaire, refuse de condamner la désobéissance civile, cela envoie un message fondamentalement négatif et irresponsable. Personne n’est au-dessus de la loi, pas même le plus saint des écologistes. Bien au contraire, nos députés, responsables de légiférer et donc de s’assurer du respect de la loi, ont comme devoir de valoriser la transmission de la connaissance, le développement à la fois scientifique et technologique et la participation politique plutôt que la désobéissance civile. 

Nos jeunes ne doivent pas céder à l’appel du radicalisme écologique, mais plutôt emprunter la voie du pragmatisme afin de miser sur un impact adéquat face aux changements climatiques. Personne ne sortira gagnant d’une tentation généralisée d’enfreindre la loi. Même Thomas Mulcair, avocat et ancien chef du Nouveau Parti démocratique du Canada, a profité de sa prestation régulière à l’émission La joute afin de faire l’apologie de la désobéissance civile. À ses yeux, comme ceux de Québec solidaire, la cause des changements climatiques serait si éminente qu’elle transcende désormais la loi des hommes et s’érige en tant que norme directrice.

En réponse à cette tentation diffuse, cette lettre se veut un appel au calme afin de ne pas céder au radicalisme écologique. Prendre en otage une frange de la population n’aide en absolument rien l’enjeu des changements climatiques. Au contraire, ce type d’action met inutilement des vies innocentes en jeu, aliène une part considérable des citoyens qui refusent de sombrer dans l’illégalité et associe la noble cause du climat à une forme de militantisme extrémiste qui se croit au-dessus de la loi. Les solutions se doivent d’être pragmatiques si l’on veut véritablement avoir un impact écologique concret. Dans le cas contraire, l’écologie sombre dans l’idéologie et ne cherche plus la sauvegarde de l’environnement, mais bien le pouvoir politique.